‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 114 sur 275 · PROJETS DE RETRAITE DE M. PASQUIER · texte numérisé non relu

PROJETS DE RETRAITE DE M. PASQUIER

« des exigences injustifiées et amener une crise ministé- « rielle, vous pouvez m'accorder un congé pour aller (c prendre les eaux d'Aix en Savoie. Les douleurs de rhu^ « matisme dont j'ai été atteint l'an dernier justifient ma u demande. En mon absence, vous prendrez le portefeuille « des affaires étrangères, que vous connaissez mieux que « moi. La marche des choses ne souffrira aucunement de « cet intérim. Après la saison d'Aix j'irai à Nice confirmer « ma guérison ; j'y serai encore à l'époque de l'ouverture <( de la session. Alors vous pourrez connaître la véritable « disposition des esprits; peut-être pourrez-vous faire avec « M. de Villèle un nouvel arrangement auquel ma présence « nuirait certainement. Si je vous suis utile alors, je revien- « drai. Dans le cas contraire, ma santé deviendra décidé- « ment plus mauvaise, et je vous enverrai ma démission, « fondée sur le besoin que j'aurai d'aller passer une année « en Italie. De cette manière, toutes les apparences seront ce sauvées, ma retraite s'opérera sans secousse, et vous « n'aurez même pas l'embarras de me donner un succes- « seur. Vous garderez définitivement et sans que personne « puisse s'en étonner le portefeuille des affaires étrangères, tf Je vous fais cette proposition après mûres réflexions; si « vous ne l'acceptez pas, vous ne pourrez échapper à des (( difficultés sous lesquelles vous succomberez. A peine la « session sera-t-elle ouverte que les plus rudes et les plus « absurdes attaques seront dirigées contre moi, leur injus- « tice vous irritera, vous révoltera, vous ne voudrez pas « m'abandonner, peutrêtre l'honneur ne vous le permettra « pas, et vous succomberez avec moi, entraînant tout le « ministère. Ce sera dans mon opinion un malheur, car il « jettera la France dans une voie périlleuse, vous le savez « comme moi. »

Le duc de Richelieu fut ému par ma démarche plus que par mes arguments; le résultat fut qu'il parut plus que jamais s'attacher à moi. Il voulait toujours se faire illusion

sur les dispositions plus sages qu'on trouverait dans la prochaine session. « Les esprits, dit-il, étaient bien échauffés « à la fin de celle-ci, ils se calmeront. Les députés vont (( trouver en rentrant dans leurs départements une satisfac- <c tion dont ils ne se doutent pas et qui leur apprendra qu'on « doit quelque reconnaissance à l'administration qui a rendu « au pays le calme et la sécurité. Quant aux royalistes, ils « n'ont pas une plainte fondée à formuler. La majorité « finira par nous revenir en voyant que nous sommet iné- « branlables dans notre conduite, que nous ne leur impu- « tons pas le tort de quelques violents. Dans tous les cas, <( si les royalistes sont décidés à se séparer de nous, je « pourrai dire que je les ai mis dans leur tort. De quelque « motif que vous cherchiez à colorer votre retraite, vous « ne tromperez personne, nous aurons eu une faiblesse « inutile. »

Sa résistance fut invincible ; il me resta la satisfaction d'avoir rempli mon devoir. J'avais une raison de plus pour honorer M. de Richelieu et pour l'aimer, tout en déplorant que ce noble caractère fût si peu approprié au temps et aux hommes au milieu desquels il se trouvait.

Pendant notre longue conversation, j'avais bien vu que dans l'esprit du président du conseil tout allait dépendre du parti que prendrait Monsieur. Il avait certainement le pouvoir de faire voter à son gré presque tous les membres de la droite, mais comment userait-il de ce pouvoir? J'avais dit que peut-être on pouvait le rendre favorable en lui donnant une part dans le gouvernement. « Il attend impa- « tiemment la couronne; si le Roi lui rendait l'entrée au « conseil que lui a enlevée M. de Talleyrand et dont la perte (( lui a été si sensible, ne serait-il pas alors plus aisé d'écar- « ter de son esprit une foule de fausses idées et de préven- « tions injustes? Il serait habile, au moment où nous perce dons l'appui de MM. de Villèle et de Corbière, de gagner « celui de Monsieur. » — « Oui sans doute, me répondit le

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