‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 115 sur 275 · MM. D£ VILLÉLE £T DE CORBIÈRE · texte numérisé non relu

MM. D£ VILLÉLE £T DE CORBIÈRE

d duc, on peut très bien voir la chose ainsi, mais comment « voulez-vous que je risque de faire une semblable propoa sition au Roi après ce qui m'est arrivé avec lui il y a peu « de jours, et que je vais vous dire? Étant parfaitement sûr « qu'un mot de Monsieur ferait voter MM. de Villèle et de « Corbière, j'avais imaginé de prier le Roi d'exprimer à « son frère le désir qu'il usât de son ascendant sur ces <f messieurs pour empêcher leur retraite. » — -« Je ne a croyais pas,m'a-t-il répondu assez sèchement, vous avoir « jamais rien dit qui dût vous faire croire que je fusse las « de régner. Non, je n'entends pas abdiquer, ma résolution « à cet égard est d'autant plus arrêtée que je n'ai pas vu « dans l'histoire un seul roi qui l'ait fait sans s'en être « repenti. » C'étaitdu20 au 25 juillet 1821 que Louis XYIII tenait ce langage au duc de Richelieu; la date mérite d'être retenue.

Je voudrais juger sans aigreiu* les deux hommes qui, en se séparant de nous, nous causaient de si gros embarras. Jamais on n'eût pu rencontrer personnages moins faits pour le rôle qu'ils ont été appelés à jouer. Représentants officiels de l'aristocratie, de la noblesse, des anciennes croyances, même des anciens préjugés, leur esprit, leur talent, leurs mœurs, leurs antécédents, rien ne les avait préparés à une pareille situation. Ils étaient laids, d'une laideur sans distinction ; chez M. de Corbière, les façons étaient presque vulgaires; tous deux se sont posés en champions des intérêts religieux et leurs croyances n'allaient pas au delà du plus strict nécessaire; ils ont été les plus chauds avocats des prétentions de la noblesse, et ils détestaient les hommes de cour. M. de Corbière surtout se rendait compte qu'il n'avait rien pour plaire à ce monde élégant. Chose assez bizarre, il avait eu son pendant dans le monde de l'Empire, c'était la ville de Rennes aussi qui avait produit celui-là. M. de Fermon, procureur, et M. de Corbière, avocat, étaient compatriotes. Tous deux étaient

doués d'une même qualité, la plus intrépide indifférence pour tous ceux qui se rencontraient sur leur chemin et qu'ils sacrifiaient à leurs calculs ambitieux.

M. de Fermon écrasait les créanciers de l'Ëtat, n'ayant d'autre souci que de favoriser les combinaisons financières de son maître; M. de Corbière, nous l'avons dit, voulait, sans même les connaître, briser les préfets qui avaient pu déplaire aux hommes de son parti. Il était tout aussi soumis à leurs exigences que M. de Fermon l'était à Bonaparte. Hors des affaires, M. de Fermon avait un meilleur caractère et était bon homme, M. de Corbière, jamais. Mais celui-ci avait beaucoup plus d'esprit, il savait parfois donner à sa pensée une forme originale et piquante, quoique sentant toujours la basoche de province. Il était instruit, et suivant l'expression familière, il connaissait bien ses auteurs. Quant à ses idées politiques, elles n'allaient pas au delà de celles d'un homme du tiers aux £tats de Bretagne; il y joignait quelques maximes parlementaires que dans sa jeunesse il avait recueillies au palais de justice à Rennes. C'était ce qu'il y avait de mieux en lui, c'est à ces réminiscences qu'il a dû son succès dans la discussion sur l'érection des nouveaux évéchés. Son talent d'orateur n'avait rien de distingué, il avait cette facilité qui appartient à tous les avocats un peu exercés, facilité dont il aurait même pu tirer plus de parti sans son excessive paresse, car au fond il haïssait les affaires, dont son indolence était très vite fatiguée, et auxquelles il ne tenait que par amour-propre. Pour achever de faire connaître ce qu'il y avait de factice et de bizarre dans l'existence qu'il a plu au parti royaliste de faire à cet homme, il faut ajouter qu'il avait épousé la veuve d'un des plus chauds partisans de la Révolution de 1789, Mme Le Chapelier, et que cette femme avait aussi été une des plus ardentes patriotes de la Bretagne. Pour premier acte de quelque éclat dans sa carrière, il avait soutenu une thèse en faveur du divorce, puis il

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