RETRAITE DU MINISTÈRE ARGUELLES
sept portefeuilles restèrent dans les mains des premiers commis. Cet excès d'imprévoyance doit paraître incroyable : il peint Ferdinand VIL
Cependant les Cortès étaient profondément troublées ; les amis, les ministres se réunirent aux hommes exaltés de l'assemblée qu'ils avaient combattus dans la précédente session, et tous ensemble proposèrent dans les comités secrets les mesures les plus révolutionnaires. S'il fallait en croire un bruit qui fut alors répandu, la déchéance aurait été proposée. La majorité ne partagea pas ces emportements; quelques esprits plus rassis parvinrent à faire comprendre que le sort de l'Espagne ne pouvait pas dépendre de la présence dans le ministère de sept individus; qu'il y avait des hommes capables de les remplacer.
On interrogea les ministres congédiés sur les causes de leur disgrâce; on doit leur rendre cette justice qu'ils retrouvèrent alors le sentiment de leur devoir envers leur maftre et la fidélité à laquelle ils avaient trop souvent manqué pendant qu'ils étaient honorés de sa confiance. Leur attitude fut pleine de noblesse. Ils répondirent qu'ils ne savaient pas ce qu'on leur demandait, que le roi, en les destituant, avaitusé d'un droit incontestable. Quelques députés croyant qu'ils ne voulaient pas s'expliquer en public, proposèrent le comité secret; ils déclarèrent de nouveau qu'ils n'avaient rien à dire, que n'étant plus ministres, ils se retireraient dès que la séance deviendrait secrète. Il fallut donc renoncer à trouver en eux des accusateurs. Pendant que cet honorable conduite les relevait dans l'opinion publique, le roi perdait par sa faiblesse tout le fruit de l'effort qu'il avait fait. Effrayé du courage qu'il avait montré le !•' mars, craignant en choisissant des ministres parmi ses amis d'exciter une nouvelle tempête^ il imagina de demander aux Cortès de lui indiquer des candidats. Cette ridicule démarche lui valut la réponse très sensée que la constitution ne permettait pas aux Cortès d'intervenir en semblable matière. Fer-
dinand s'adressa alors à son Conseil d'Ëtat ; sur son avis, il choisit des hommes peu connus. De Bardaji était de tous celui qui était le plus connu. Astucieux et fin, mais sans talent supérieur, sans principes arrêtés, il s'était plié successivement à tous les régimes ; déjà il avait été ministre des affaires étrangères sous les Cortès de Cadix. Il s'était peut-être engagé autant qu'il l'avait fait depuis avec les révolutionnaires de Piémont et de France pour effacer le souvenir de l'abandon avec lequel il s'était, en 1814 et 1815, livré au gouvernement absolu.
Après cette crise, Madrid put jouir de quelques jours de calmé ; l'ordre parut se rétablir, la majesté royale fut plus respectée. Il semblait que tous les partis sentissent le besoin de se recueillir avant de prendre des résolutions nouvelles. C'était le moment où l'attente des grands événements dont l'Italie allait être le théâtre tenait les esprits en suspens. A la nouvelle de l'insurrection du Piémont, les Cortès avaient ordonné des réjouissances publiques; les orateurs du parti avancé avaient attaqué le rôle de la France. L'un d'eux avait proposé d'expulser de l'Espagne les ambassadeurs et les ministres de la Sainte- Alliance, un autre voulait qu'on intervînt en faveur des Napolitains. Toutes ces extravagances produisirent peu d'effet; la majorité de l'assemblée sentait que l'Espagne avait assez à faire pour assurer sa propre indépendance, sans se mêler des affaires des autres. On apprit bientôt que le mouvement sur lequel on avait compté en France et qu'avait prédit avec tant d'assurance M. de Bardaji, avait décidément avorté. Naples et le Piémont soumis en moins d'un mois par les armées autrichiennes, reprenaient un joug dont la pesanteur était aggravée par leur révolte; les côtes orientales de l'Espagne étaient inondées par une multitude de fugitifs échappés à la proscription.
Ces événements étaient bien faits pour amener de sérieuses réflexions dans les rangs des libéraux. Il n'en fut