M. DE LA GARDE A MADRID
cile; mais il faut bien cependant y croire quand les correspondances officielles les plus sérieuses, les plus dignes de foi, quand des agents de la valeur de M. de La Garde, successeur à Madrid de M. de Laval, certifient le fait.
M. de La Garde avait servi en Russie pendant toute l'émigration; Ferdinand le croyait Russe autant que Français, il se confiait à lui avec un grand abandon et lui disait tout ce qu'il espérait de l'empereur Alexandre. Il faut reconnaître aussi dans ces illusions l'influence de M. de Tatistscheff, qui lui avait déjà fait tant de mal dans le cours de sa mission diplomatique en Espagne. M. de Tatistscheff était alors bien loin, mais la camarilla, dont il avait organisé l'influence, était toujours là. C'est sur ses conseils qu'on envoya beaucoup d'agents obscurs aux principaux cabinets de l'Europe, pour exposer, la situation et demander assistance. Ces agents étaient presque toujours des ecclésiastiques. Dans le courant du mois d'août, il s'en présenta un chez le duc de Richelieu et chez moi, muni d'une lettre de la main du roi Ferdinand, adressée au roi de France. On y disait qu'il suffisait d'envoyer quelques régiments français, russes ou autrichiens, pour faire crouler tout l'édifice constitutionnel et révolutionnaire. C'était aussi ce que disaient les chefs des bandes insurgées de la Navarre et de la Castille, qui étaient venus chercher un asile en France. Us se tenaient sur la frontière toujours prêts à rentrer dans leur patrie, et étaient un sujet d'inquiétude pour le gouvernement constitutionnel de Madrid, qui demandait avec instance au gouvernement français de les éloigner des Pyrénées. Ces supplications avaient lieu de nous étonner de la part d'un gouvernement qui avait donné asile à tous les révoltés de l'Europe et n'avait jamais tenu compte des réclamations formulées par les pays voisins. Parmi les réfugiés espagnols se trouvait le général Quesada, fort estimé des siens, d'une bravoure attestée par une large balafre qui lui traversait le visage.
f94 MÉMOIRES DU CHANCELIER PASQUIER.
Il vint à Paris, fut présenté dans la société par M. Mounier et commença à prêcher parmi les royalistes français la croisade qui devait aboutir à l'intervention en Espagne. C'est à cette époque que les Cortès achevèrent la séparation des colonies américaines avec la métropole . Sous ce rapport, le parti constitutionnel ne s'est montré ni plus sage ni plus prudent que ne l'avait été le pouvoir absolu. Il eût été facile d'obtenir des conditions très avantageuses pour prix de l'indépendance que réclamaient les députés des colonies; il eût été encore bien plus facile de s'entendre avec le Mexique, où l'insurrection n'avait pas eu le temps de jeter de fortes racines; plusieurs fois on fut au moment de tomber d'accord, mais l'orgueil national se révolta avec toute l'opiniâtreté castillane contre la pensée de renoncer à la domination [d'un aussi vaste empire. Aucun homme, aucun parti ne voulut accepter la responsabilité de cette séparation. Les conférences furent rompues; bientôt la guerre reprit avec une nouvelle force. Ce fut alors que le Pérou fut envahi par les troupes de Buénos-Ayres et du Chili ; presque en même temps, le Mexique proclama son indépendance.
Les Cortès se séparèrent avec la promesse du roi de les réunir en session extraordinaire pendant les huit mois qui allaient s'écouler avant la session régulière. On devait espérer que la paix intérieure allait donner aux populations, en grande majorité royalistes, quelque répit. Les sociétés secrètes ne pouvaient s'y résigner ; elles s'étaient réorganisées sous l'influence de la franc-maçonnerie. Presque inconnue en Espagne avant l'arrivée des troupes françaises, elle avait été répandue, acclimatée dans les villes où ces troupes avaient séjourné, si bien que lorsque les régiments français partirent, les loges qu'ils avaient fondées ne cessèrent pas d'exister. Après la restauration de Ferdinand VII, ces loges se transformèrent en associations politiques et devinrent autant de conciliabules, placés