ARRESTATION DE RIEGO
par le conseil de guerre, mais le parti des comuneros avait constaté sa force.
La lutte engagée contre le gouvernement continua avec des alternatives de revers et de succès. Une conspiration avait éclaté à Saragosse; à sa tète figurait Riego, général commandant F Aragon, ayant à ses côtés deux Français : Cugnet de Montarlot, ancien militaire, compromis en France dans la conspiration de l'Est, mis en jugement en 1820 et acquitté par la cour de Besançon, réfugié tout près de la frontière de France. Il avait publié les manifestes les plus insensés, proclamant Napoléon II, et s'intitulait luimême lieutenant général de l'empire. L'autre était aussi un réfugié français, le général Vaudoncourt.
Le gouvernement informé par le chef politique de Saragosse, lui donna l'ordre de s'assurer de la personne du général et de l'envoyer à Lérida en Catalogne. Ces ordres furent exécutés avec vigueur. Riego revenait à Saragosse escorté d'un détachement de cavalerie, un officier envoyé au-devant de lui avec quelques troupes lui notifia les ordres du gouvernement et lui enjoignit de se rendre immédiatement à Lérida. Il voulut d'abord résister, puis céda et partit pour son exil. Au même moment, Cugnet de Montarlot et Guillaume de Vaudoncourt étaient arrêtés avec quelques autres séditieux et livrés ainsi qu'eux à la justice. Les poursuites dirigées contre ces factieux, notamment contre les deux Français, ne furent pas menées avec une grande activité.
La nouvelle de ces arrestations causa à Madrid une explosion de fureur; la foule criait dans les rues : « Vive « Riego ! Vive la souveraineté du peuple I Vive le poiw gnardl Vive le marteau! » On réclamait le retour immédiat du roi, on annonçait l'intention de l'enlever de Saint- Ildefonse et de le ramener attaché à la queue d'un cheval. Toutes ces menaces échouèrent devant la fermeté du général Morillo, qui, absous par le conseil de guerre, venait de
reprendre son commandement. Il fut bien secondé par le chef politique; c'était un sieur Saint-Martin, ancien médecin qui s'était signalé par son courage dans la guerre de l'indépendance et y avait gagné le grade de brigadier. Tous deux à la tète d'un détachement des milices, se portèrent à la rencontre d'une troupe composée de soldats insurgés et d'une foule de séditieux sortis de la lie du peuple qui s'avançait portant le buste de Riego.Les factieux, attaqués à la baïonnette, furent bientôt dispersés. Le portrait de Riego fut enlevé et déchiré; tout rentra dans l'ordre dans la ville.
Dans les provinces, il n'en fut pas de même; dans beaucoup de grandes villes, surtout dans celles du Midi, les libéraux prirent fait et cause pour les partisans de Riego. On reprochait au ministère de récompenser bien mal les fondateurs de la révolution; comme d'habitude, devant ces attaques, les ministres ne voyaient d'autre parti à prendre que de donner leur démission, heureux de laisser à d'autres un fardeau qu'ils se sentaient incapables ^e porter.
Ferdinand jVII se décida à rentrer dans Madrid pour l'ouverture des Cortès; grâce à Morillo et à Sainte-Martin, il trouva la ville plus calme qu'il ne l'avait espéré et n'eut à subir aucune nouvelle insulte.
C'est alors que se" déclara l'épidémie de fièvre jaune qui devait ravager la capitale de la Catalogne. Elle avait été apportée par un bâtiment venant de la Havane. Jusqu'à la fin du mois d'août elle y était demeurée stationnaire et le conseil supérieur de santé déclarait encore le 29 septembre qu'elle n'avait aucun caractère contagieux. Quelques jours après, le mal s'était propagé des faubourgs dans la ville, les habitants s'enfuyaient avec les autorités. La garnison, sauf un bataillon de milice, avait suivi l'exemple des autorités supérieures, elle formait un cordon sanitaire à deux lieues de la ville ; mesure tardive, car une grande partie des habitants, réfugiée dans les lieux environnants, y avait apporté