‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 13 sur 275 · LES MEMOIRES PRUSSIEN ET RUSSE · texte numérisé non relu

LES MEMOIRES PRUSSIEN ET RUSSE

départir que dans le cas où leur silence aurait pu avoir un caractère d'adhésion à une mesure quelconque. Les plénipotentiaires français se trouvaient d'autant plus gônés qu'outre le peu d'accord qui régnait entre eux sur le fond de la question (1), ils ne pouvaient se prononcer sur rien avant d'avoir reçu du cabinet de Paris la réponse aux divers mémoires qui venaient d'être produits. Cependant M. de La Ferronnays, plus assuré dans ses idées, se mit en avant plus d'une fois, avec assez d'énergie, dans un sens où il était sûr de n'être pas désavoué par son gouvernement, c'est-à-dire dans celui d'une prudente temporisation. Il affirmait qu'en évitant tout débat sur les principes, il était facile d'obtenir les résultats désirés par la conciliation, sans recourir aux armes. Dès que les cabinets de Paris et de Londres eurent reçu communication des mémoires communiqués à Troppau, leurs impressions furent identiques sur ce point fondamental, que vouloir ainsi généraliser les questions et leurs applications, c'était rendre impossible l'entente commune dont on ne cessait de parler et qui était certainement la chose la plus désirable. A quoi bon, répondit-on de Paris comme de Londres, perdre son temps à poser des principes sur la matière la plus contestable de sa nature? Que sert-il de considérer, d'étudier dans son essence le droit que peuvent avoir les divers États d'intervenir réciproquement dans leurs affaires intérieures? Pourquoi aller chercher dans les traités des facultés applicables à la généralité des cas, et par cela seul offrant une si grande prise à la controverse? On avait un cas particulier à traiter, il fallait s'y tenir, sans prétendre aller au delà.

(1) M. de Metternich dit un jour, au sujet de ce désaccord beaucoup trop patent : « Décidément, nous avons deux Frances & Troppau. »

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