L'INSURRECTION GRECQUE
fiance. Il avait fait, en 1818» un voyage dans son pays natal et n'avait pas hésité à encourager les espérances de ses compatriotes. Il n'y avait pas un consul russe dans ces contrées qui n'affirmât la sympathie du czar pour ses coreligionnaires malheureux.
Faut-il s'étonner qu'en levant l'étendard de l'insurrection les chefs aient cru à une protection si souvent promise? Faut-il s'étonner que l'élite de la jeunesse ait répondu à. l'appel du prince Ypsilanti? Dès que la nouveUe de ce qui se passait en Moldavie eut pénétré en Grèce, l'émotion fut considérable. Dans l'ancienne Grèce proprement dite, dans le Péloponèse surtout, l'insurrection devint générale. A la fin de mars, les Maïnotes descendus du Taygète, au nombre de sept h huit mille, avaient commencé les hostilités dans la Morée; les Turcs, surpris, n'avaient eu que le temps de se jeter dans les places fermées et dans les citadelles; à Patras, dès le 30 mars, le drapeau blanc traversé de la croix rouge avait été arboré en signe d'indépendance par l'archevêque Germanos, mais il avait été obligé de fuir presque aussitôt, abandonnant ainsi cette malheureuse ville à la vengeance des Turcs. Il revint le 6 avril, à la tète des paysans de l'Achaïe, qu'il avait soulevés. Les Turcs furent alors obligés de se retirer dans la citadelle, d'où il n'y eut aucun moyen de les chasser. Le même jour, les chefs insurgés s'étaient constitués, àKalamata, en gouvernement provisoire, sous le titre de sénat messénien, avaient adressé une déclaration aux gouvernements de l'Europe pour leur expliquer la cause et le but de l'insurrection; ce but était de délivrer le Péloponèse de la tyrannie ottomane, « de lui rendre la liberté, de combattre pour elle, pour la « religion et pour cette terre illustrée par tant de génies et « de vertus, à laquelle l'Europe était redevable de ses arts, (c de ses lumières, de tous les bienfaits de la civilisation ». Les insurgés ne demandaient en retour que des armes, un peu d'argent et des conseils.
Dès le début, la guerre prit un caractère terrible, implacable. Le pacha qui commandait les troupes turques dans la Morée ayant pénétré dans Patras le 15 avril, à la tète de mille chevaux, mit la ville au pillage, fit brûler huit cents maisons; tous les Grecs qui n'avaient pu s'enfuir furent impitoyablement massacrés, sans distinction de sexe ni d'âge. Il n'y eut d'épargnés que quelques malheureux qui trouvèrent un asile dans la maison du consul de France, M. Pouque ville. Il les sauva au péril de sa vie. Ce fut le premier exemple du courageux dévouement avec lequel les consuls français ont rempli leurs devoirs; tous ont honoré le nom français par le zèle et l'intrépidité avec lesquels ils ont arraché à la mort tous ceux qui, dans un parti comme dans l'autre, étaient menacés. Telle a été leur conduite, qu'ils ont inspiré du respect aux fanatiques dans les deux camps.
Les horreurs de la guerre contribuèrent dès les premiers jours au succès de l'insurrection, en obligeant les plus modérés à prendre parti. La Morée entière se trouva engagée dans la lutte. Dès qu'on sut que le moine Grégoras, parcourant le pays la croix à la main, avait occupé l'isthme de Corinthe avec un corps de quelques milliers d'hommes, l'Attique, la Béotic, la Phocide, l'Ëtolie et l'Acarnanie furent entraînées dans le mouvement. Les insurgés, passé le premier moment d'un succès qui tenait à ce qu'ils avaient surpris leurs ennemis, étaient bien faibles pour résister aux forces supérieures qu'ils avaient bientôt trouvées devant eux. Us manquaient d'armes, d'argent, ne savaient rien de la guerre, n'avaient pas un seul bataillon régulier. Ils n'avaient pas de chef ayant l'expérience des grandes opérations militaires; enfin, il faut bien le reconnaître, l'insurrection de la Grèce n'avait aucune chance de réussir en dehors de l'appui de la Russie et de la diversion qu'elle pouvait faire en sa faveur sur le Danube.
En attendant ce secours, les Péloponésiens trouvèrent