‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 133 sur 275 · M. DE 8TR0G0N0PF A CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

M. DE 8TR0G0N0PF A CONSTANTINOPLE

ne conserva pas son pouvoir plus de huit jours. Il était déposé le 1*" mai, non, comme on s'était d'abord plu à le croire, à cause de la dureté de son administration, mais parce qu'il avait voulu faire disgracier deux favoris du Sultan et avait prétendu exiger que toute l'autorité lui fût confiée sans réserve. Les favoris avaient décidé sa mort; en effet, exilé en Chypre, sa tète fut bientôt après rapportée à Gonstantinople et clouée aux portes du sérail. Son successeur, homme âgé, était soumis aux caprices des favoris et aux volontés des janissaires, qu'il fallait surtout ménager.

C'est à ce moment qu'éclata le conflit entre l'ambassadeur de Russie à Constantinople et le gouvernement turc. Cet agent, homme de caractère et de résolution, n'était pas sans doute fait pour maintenir des relations amicales. La raideur de ses formes, la fermeté avec laquelle il avait soutenu les exigences de sa cour et ses réclamations au sujet d'une insulte dirigée contre son palais par quelques janissaires, l'avaient rendu peu sympathique à la population de Constantinople; le rôle qu'il devait jouer dans ces nouvelles circonstances n'était pas fait pour diminuer cette impression. Il devait au contraire rendre sa situation assez périlleuse, mais cette considération n'était pas faite pour l'intimider; il avait protesté contre la prétention d'interdire aux bâtiments russes le passage des Dardanelles. A l'appui de ces réclamations, il n'avait pas manqué d'invoquer les traités de 1774 et de 1812, traités donnant à la Russie non seulement le droit d'intervenir en faveur des sujets grecs, mais encore celui d'exiger qu'il n'y eût pas de troupes cantonnées dans la Moldavie et la Valachie.

Lorsque arrivèrent la mort du patriarche et tous les excès commis sur les Grecs de Constantinople, le baron de Strogonoff ne manqua pas de faire entendre les plaintes les plus fortes. Il demanda avec énergie qu'en réprimant la révolte, on ne confondit par les innocents avec les coupables, que les condamnations fussent précédées d'une

enquête formelle, impartiale, et qu'on fît cesser la profanation et la destruction des églises. A toutes ces réclamations le reis-effendi répondait qu'il appartenait au Sultan de châtier comme il l'entendait ses sujets rebelles, que le patriarche de Constantinople avait subi la peine méritée de sa trahison, prouvée d'ailleurs par sa correspondance enMorée. Cette preuve n'a jamais été fournie aux ambassadeurs, malgré les démarches réitérées pour l'obtenir. Le ministre turc ajouta que la Porte elle-même avait à se plaindre de la Russie, qui malgré ses belles paroles semblait accorder protection aux rebelles, qu'elle refusait leur extradition bien qu'elle fût stipulée par les traités. Quant à l'entrée des troupes russes dans les Principautés, le reis-effendi répondait que les traités invoqués n'avaient pu prévoir le cas qui se présentait, et que quand l'empereur Alexandre désavouait si hautement une rébellion suscitée cependant par un général à son service, il était au moins étrange qu'il prétendît rendre cette rébellion inattaquable. Sur ce dernier article, il était difficile de contester la justesse de la réplique. Plus tard, l'empereur Alexandre a offert de garantir la tranquillité, la soumission, et d'employer même ses propres troupes à cette œuvre; mais pourquoi les troupes russes auraient-elles été admises plutôt que celles du Grand Seigneur? Cette mesure n'eût pas été davantage dans l'esprit des traités.

Un incident vint encore ajouter à l'aigreur des relations. Un négociant grec avait été arrêté comme ayant fourni des fonds aux révoltés. Il parait que l'accusation était sans aucun fondement, et que son véritable crime était d'avoir refusé trois cent mille piastres à un nouvel hospodar que la Porte envoyait en Valachie. Le baron de Strogonoff le fît en vain réclamer comme banquier de la légation russe, et malgré ses instances, appuyées par l'internonce autrichien, le malheureux était toujours menacé du dernier supplice; il n'y échappa que grâce à la sollicitation de lord

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