‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 134 sur 275 · NOTRE AMBASSADE A CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

NOTRE AMBASSADE A CONSTANTINOPLE

Strangford, nouvel ambassadeur anglais, arrivé le 22 mai. Le gouvernement turc avait intérêt à le ménager, aussi fut-il reçu avec des marques de distinction qu*aucun ambassadeur n'avait encore obtenues. Le crédit de la France à cette époque était loin d'être ce qu'il avait été jadis, les dernières aimées du gouvernement impérial, puis les événements de 1814 et de 1815 l'avaient affaibli. Le premier ambassadeur envoyé depuis la Restauration, M. de Rivière, n'avait ni le talent ni le caractère nécessaires pour regagner le terrain perdu. On venait d'envoyer à sa place l'homme qui paraissait le mieux désigné pour remplir ces fonctions. M. de Latour-Maubourg avait géré ce poste comme secrétaire d'ambassade après le départ de M. le général Sébastiani. Malheureusement M. de Latour-Maubourg, après avoir vivement désiré cette ambassade, avait fini par la redouter et avait cherché mille prétextes pour ajourner son départ (1). Il est résulté de ce retard que dans

(i) M. de Latour-Maubourg, employé sous le gouyernement absolu de Bonaparte, pénétré de ses idées comme de ses procédés en politique, avait eu pour mission de combattre Tinfluence de la Russie. Après l'avoir remplie avec succès, il lui a été impossible de comprendre, dix ans plus tard, que les circonstances n'étaient plus les mômes. Il avait regardé les Grecs comme des sujets avilis de la Porte et comme des partisans secrets de la Russie; jamais il n'a pu se persuader, en 1821, que les choses avaient changé, que ces Grecs qu'il avait tant méprisés pouvaient jouer un rôle important dans les nouvelles combinaisons de la politique européenne. Il avait vu autrefois en eux les ennemis des Grecs latins auxquels ils prétendaient disputer la possession du Saint-Sépulcre, il n'a pas pu comprendre que leur insurrection contre les Turcs prenait le caractère d'une lutte entre la religion chrétienne et la religion mahométahe, qu'alors il fallait laisser de côté la querelle des Grecs et des Latins. Cette disposition d'esprit nous causait un grand embarras. Vingt fois j'ai été au moment de révoquer sa nomination, mais son arrivée était annoncée à Gonstantinople, il était demandé avec faveur ; son remplacement eût été considéré comme une rupture. Bref, de délai en délai, de tergiversations en tergiversations, il a fini par se mettre en route à la fin de 1821. Arrivé & Gonstantinople, il a demandé, avant de remettre ses lettres de créance, je ne sais quelle réparation par suite d'atteintes portées aux piivilèges d'un couvent de moines latins dans. la Syrie. Cette satisfaction ne lui ayant pas été accordée, il n'a jamais remis ces lettres, n'a par conséquent jamais

une époque critique la France n'avait à Gonstantinople qu'un chargé d'affaires, c'était un M. de Viella, premier secrétaire de la légation, homme sage, assez éclairé, mais peu fait pour prendre une grande influence. Il a été un agent correct, n'a rien négligé de ce qui lui était recommandé, a protégé efûcacement, au milieu de la crise la plus périlleuse, les intérêts des sujets français.

Les rapports devenaient chaque jour plus mauvais entre l'ambassadeur russe et le gouvernement turc. Un paquebot d'Odessa voulut, malgré la défense, jeter l'ancre devant la maison de l'ambassadeur. Il fut forcé de s'éloigner. Cet incident amena de nouvelles réclamations et de nouveaux refus insultants, à la suite desquels M. de Strogonoff quitta le palais de la légation à Péra, suspendit toutes communications diplomatiques, et en attendant les ordres de son souverain, alla avec toute sa légation habiter une maison de campagne située sur le Bosphore. Le 10 juin, il adressa à tous les négociants russes qui se trouvaient en Turquie une circulaire dans laquelle il les engageait à régler leurs affaires le plus promptement possible, afin de n'être pas pris au dépourvu par un gouvernement qui a n'observait plus aucune mesure dans sa conduite ».

C'était prédire une guerre prochaine, et il était naturel de penser que la haute confiance dont il avait joui dans l'esprit de son maître, la connaissance approfondie qu'on lui devait supposer des institutions lui avaient donné les moyens de ne pas s'engager légèrement. Cependant c'était malgré ces représentations, soutenues sur presque tous les points par le ministre d'Autriche et sur quelques-uns seulement par celui d'Angleterre, que s'accomplissait l'écrasement de l'insurrection moldave.

rempli ses fonctions d'ambassadeur; il a fini par revenir en France au bout de huit k dix mois. — Depuis la réyolution de 1830, M. de Latour-Maubourg a été de nouveau employé et a servi avec grande distinction. Il a été ambassadeur à Rome.

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