‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 135 sur 275 · FIN DE L'INSURRECTION MOLDAVE · texte numérisé non relu

FIN DE L'INSURRECTION MOLDAVE

Il n'entre pas dans notre plan de rendre compte des opérations de la courte campagne qui eut lieu entre les troupes du prince Ypsilanti et les huit ou dix mille Turcs qui étaient entrés dans la principauté; le parti insurgé» complètement découragé et désorganisé par la déclaration et le désaveu de la Russie, s'était divisé. Les chefs ne s'entendaient plus, tout fut terminé dans'Fespace de moins d'un mois, par une complète déroute du peu de troupes restées fidèles au prince Ypsilanti. Ce qui put échapper au massacre se jeta dans les montagnes, sous les ordres d'un chef courageux. Ces hommes, joints à quelques Albanais» donnèrent encore pendant assez longtemps de nouveaux embarras à leurs ennemis. Le prince Ypsilanti se retira en Autriche ; il fut arrêté et retenu prisonnier dans une forteresse. Le secret le plus absolu fut d'abord gardé sur cette détention, dont les principaux cabinets furent seuls informés. On ne voulait pas avoir à répondre aux demandes d'extradition de la Porte. Ce ne fut qu'après quelques mois qu'on apprit qu'il était enfermé dans la citadelle de Munkacs. Il y gémit peut-être encore au moment où nous traçons ces lignes. Triste destinée pour un homme imprudent, téméraire peut-être, mais qui le premier a donné le signal d'une lutte héroïque qui dure encore et qui tiendra une belle et grande place dans l'histoire de notre siècle.

Il est superflu de dire que la victoire des Turcs en Moldavie eut pour conséquence une suite de brigandages, de dévastations, de massacres qui désolèrent la principauté pendant le reste de l'année.

Un semblable désastre aurait dû refroidir le zèle des insurgés dans les provinces méridionales, il n'en fut pas ainsi; dans une telle lutte, il n'y avait d'asile que la victoire ou la mort; personne ne recula donc. Après la mort du patriarche de Constantinople, les prêtres, les moines, les évêques se mirent à la tête du mouvement. Le soulèvement devint universel, ce fut une guerre d'extermination; les

villes fermées et les citadelles étaient toujours au pouvoir des Turcs, mais ils étaient chassés des campagnes et de toutes les villes ouvertes.

En Acarnanie, les Souliotes se signalèrent en harcelant l'armée turque qui faisait le siège de Janina. En Thessalie, un archimandrite était à la tète de quatre à cinq mille hommes. L'insurrection gagna la péninsule du Mont-Athos et de Cassandra. Les habitants de cette province, au nombre de plusieurs milliers, qui assiégeaient Salonique, furent repoussés par le pacha et forcés de se retirer dans des retranchements élevés à l'entrée de la péninsule. A son retour dans Salonique, le pacha fit empaler tous les Grecs restés dans la ville, bien qu'ils n'eussent pris aucune part à l'insurrection.

La guerre continua ainsi avec des alternatives de succès et de revers, guerre d'embuscades, de surprises, de coups de main. Arta, Parga et Prévéza, lieux rendus célèbres depuis le commencement du siècle parles combats qu'avaient livrés autour d'eux les braves Souliotes si cruellement sacrifiés et livrés à Ali-Pacha par la politique anglaise, furent encore une fois illustrés par leur valeur. Athènes retomba au pouvoir des Turcs. Les Grecs, à leur approche, n'avaient eu d'autre ressource que de se sauver sur les bâtiments qui leur avaient été envoyés d'Hydra. ■ A la fin de juillet, la Grèce était un champ de bataille où vingt petites peuplades chrétiennes, fanatisées par le désir de secouer une tyrannie chaque jour plus odieuse, marchèrent sans autre tactique militaire que leur intrépidité et leur mépris de la mort, disputant leurs biens, leur vie, leur religion à d'implacables ennemis. Sur mer, la guerre était soutenue avec plus d'ordre et plus d'ensemble; elle était dirigée par un conseil de Navarques, établi à Hydra.

Dès les premiers jours, le gouvernement français, informé des graves événements qui désolaient la Grèce, avait envoyé dans l'archipel grec presque tous les bâtiments qui avaient

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