‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 137 sur 275 · DÉPART DU BARON DE STROGONOFF · texte numérisé non relu

DÉPART DU BARON DE STROGONOFF

le recevoir; il mit à la voile pour Odessa, emmenant avec lui sa légation et plusieurs familles grecques qui ne pouvaient rester sans péril à Constantinople. Toutefois, avant que le bâtiment eût pris le large, le reis-effendi envoya enfin une réponse ; mais comme cette réponse était arrivée après le délai expiré, le ministre russe déclara qu'il ne pouvait plus la recevoir, qu'on devait l'envoyer directement à Saint-Pétersbourg. Elle fut alors remise à l'ambassadeur anglais, et la Porte en envoya un duplicata au cabinet russe, en y joignant les plaintes les plus amères sur la conduite du baron de Strogonoff. On l'a blâmé de s'être si promptement retiré, surtout d'avoir refusé la réponse tardive; en l'acceptant, c'eût été presque s'engager à demeurer encore. Le pouvait-il sans s'exposer à voir son caractère d'ambassadeur outragé et violé? Le pouvait-il sans manquer à ses instructions, si clairement, si positivement exprimées dans la note qu'il avait remise?

Depuis qu'il l'avait reçue, la situation s'était encore aggravée; tout ce qui s'était passé depuis était de nature à augmenter son indignation. Son départ laissa le cheimp libre aux ministres d'Angleterre et d'Autriche. Le gouvernement turc, dont la colère cessa d'ôtre excitée par la présence de l'homme qu'il regardait comme son mortel ennemi, écouta plus facilement leurs conseils. Toutefois sa réponse était loin d'être conciliante : a Tous les individus punis à c( la suite de l'insurrection, surtout le patriarche grec et « les autres prélats, n'avaient subi que la peine qu'ils « avaient méritée, d'après le droit qui appartient à tout « gouvernement de faire arrêter et punir sans miséricorde, « sans distinction de religion et de conduite, de pareils (c malfaiteurs, de maintenir ainsi le bon ordre dans ses « États; les insultes faites à quelques églises grecques a n'étaient que des désordres commis par des hommes « sortis de la lie du peuple. Les instructions données au « commandant des troupes envoyées en Moldavie et en

« Valachie n'avaient d'autre but que de réduire les rebelles. « On ne voulait ni changer l'ordre établi, ni abolir les pri- « vilèges. Aussitôt que la tranquillité serait rétablie et que « le ci-devant prince de Moldavie Michel Soutzo et ses c< adhérents auraient été remis au gouvernement turc, ou « publiquement punis sur les lieux mômes où ils avaient (( été saisis, la Sublime Porte procéderait immédiatement « à l'installation des hospodars et mettrait grand soin à « faire observer les anciennes constitutions et à maintenir « comme par le passé les privilèges des deux provinces. » Enfin, après plusieurs autres explications, la Sublime Porte faisait observer qu'elle avait accordé des rescrits de grâce et la permission de relever les églises chrétiennes. Elle insistait sur la nécessité de faire droit à ses demandes d'extradition des transfuges. Il était à peu près impossible qu'on s'entendît jamais sur ce dernier article, car comment comprendre que la Russie pût consentir à livrer à la vengeance turque de malheureux proscrits, ses coreligionnaires, auxquels elle avait accordé un asile?

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