‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 145 sur 275 · LOUIS XVIII ET LES GRECS · texte numérisé non relu

LOUIS XVIII ET LES GRECS

nombre d'idées que Thabitude lui avait rendues chères, il avait volontiers l'air de ne pas s'en apercevoir. Cependant, s'il avait été obligé de prendre une détermination dans la grande question qui tenait alors tous les esprits en suspens, elle n'aurait pas été favorable à la cause des Grecs. Outre qu'il regardait leur entreprise comme très dangereuse pour la tranquillité de l'Europe, qu'il souhaitait par-dessus tout de ne pas voir troublée, dans l'intérêt de la sienne propre, il partageait toutes les préventions accréditées contre eux, depuis longues années, par les personnes qui avaient parcouru l'Orient. Il les tenait pour tellement avilis qu'il n'y avait rien à en attendre; il était fort tenté de préférer la barbarie des Turcs à la finesse perfide qu'il regardait comme le trait indélébile de leur caractère. Son catholicisme, qui, sans être très fervent, avait cependant son côté d'intolérance, ne leur pardonnait pas leur obstination dans le schisme et surtout les embarras qu'ils avaient continuellement suscités aux Latins et les efforts faits pour les troubler dans la garde et la possession du Saint-Sépulcre.

Les prévisions du duc de Richelieu ne tardèrent pas à se réaliser; la grande indignation du cabinet de Saint-Pétersbourg finit par se calmer. M. de Metternich, en faisant passer à Saint-Pétersbourg la réponse de la Turquie, dont M. de Strogonoflf n'avait pas voulu se charger, avait eu soin d'insister sur les meilleures dispositions qui se manifestaient à Constantinople, sur les concessions que l'internonce et le ministre d'Angleterre étaient parvenus à arracher au Divan. L'empereur Alexandre avait consenti à reprendre les négociations. Il réclamait les bons offices de ses alliés pour obtenir les justes satisfactions qu'il avait formulées, il allait plus loin encore. Il voulait « qu'ils « s'expliquassent sur l'attitude qu'ils étaient dans l'inten- « tion de garder, au cas malheureux où tout accommodea ment deviendrait impossible entre la Russie et la Porte; « il voulait qu'ils fissent connaître leurs vues sur les moyens

(f de rendre à tant de belles contrées le bonheur et la paix « et d'établir à cet effet un prompt accord entre les puis- (f sances qui faisaient partie de l'alliance ». S'il devait attendre, pour agir, le résultat d'une telle consultation, il était sensible qu'on n'avait à craindre aucune précipitation de sa part. Le cabinet français, dont la lettre à M. de La Ferronnays avait dit tout ce qu'il avait à dire, s'il s'agissait d'arriver à un accord entre les cinq puissances, pensait qu'une réunion de plénipotentiaires était indispensable et ne pouvait avoir lieu que sur l'initiative de la Russie. C'était par ce motif qu'elle avait tout récemment décliné la proposition faite par l'Autriche, d'ouvrir sur-le-champ des conférences à Vienne.

M. de Metternich avait commis une grande imprudence en se mettant en avant. L'humeur que cette témérité causa à l'empereur Alexandre fut si violente, que non seulement il déclina la proposition, mais qu'il alla jusqu'à déclarer qu'il ne voulait plus d'aucune médiation pour l'arrangement de ses différends avec la Porte, et qu'il ne consentirait à une réunion de plénipotentiaires que si elle avait lieu dans ses États, et dans le cas seulement où la guerre éclaterait, pour en régler les suites. Il ne pouvait plus longtemps se contenter des vaines promesses du Sultan, il lui fallait des garanties. Il demanda donc l'évacuation des Principautés. M. de Metternich alors comprit sa faute; il devait d'autant plus la regretter qu'il avait eu par ses amis de Saint-Pétersbourg connaissance des ouvertures faites par le czar à M. de La Ferronnays. Une pareille révélation était bien faite pour redoubler son humeur; en effet, elle éclata dans une conférence dont nous avons à rendre compte ; voici à quelle occasion elle eut lieu :

Tout, en Angleterre, semblait marcher au gré du roi et de lord Castlereagh. Après le couronnement solennel, qui avait eu lieu avec la plus grande pompe après la mort de la reine, qui le débarrassait des cuisants soucis qu'elle lui

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