‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 147 sur 275 · LES CONFÉRENCES DE HANOVRE · texte numérisé non relu

LES CONFÉRENCES DE HANOVRE

à Hanovre. Ce voyage eut des suites assez graves. D'accord avec M. de Metternich, lord Castlereagh avait accompagné son souverain sur le continent; l'occasion était belle pour rejoindre en Hanovre le ministre autrichien et pour se concerter avec lui plus à l'aise qu'on ne pouvait le faire par correspondance. Ils étaient parfaitement d'accord sur la nécessité de maintenir à tout prix le statu quo en Orient. Pour cela, il fallait arrêter les projets guerriers de l'empereur de Russie; on essaya de le faire venir à Hanovre ou dans quelque ville du nord de l'Allemagne, dans laquelle le roi d'Angleterre aurait été le rejoindre et où l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse n'auraient pas manqué de se rendre. S'il ne lui convenait pas de sortir de ses États, on se bornait à lui demander d'envoyer, sous le prétexte très naturel de complimenter le roi d'Angleterre, une personne investie de sa confiance, munie de ses pouvoirs, avec laquelle on aurait des conférences sans éclat et au besoin parfaitement secrètes. M. de Lieven, son ambassadeur ordinaire à Londres, se trouvait par hasard dans ce moment à Scùnt-Pétersbourg; il serait parfaitement simple aux yeux de tout le monde de l'envoyer à Hanovre rendre ses devoirs au roi d'Angleterre. Après le départ du roi, il retournerait auprès de son maître et lui rendrait le compte le plus détaillé de tout ce qui aurait été dit et convenu.

Le ministère français n'eut, comme de raison, aucune communication officielle de cette menée, peu difficile au reste à deviner. Il fut très exactement informé par son ministre. C'était M. de Moustier, fils de l'un des hommes restés, dans l'émigration, parmi les plus attachés à la nfiaison de Bourbon. Rentré fort jeune en France, il avait été employé dans la diplomatie impériale et y avait porté un zèle ardent, un caractère difficile, une humeur caustique, des manières cassantes qui lui avaient créé des difficultés dans tous les lieux où il s'était trouvé placé. A la Restauration, il avait repris sa place parmi les royalistes

les plus exaltés. A côté de tous ses défauts, il avait l'esprit perspicace, pénétrant, toujours occupé de savoir ce qu'on prétendait lui cacher. M. de Moustier avait, pour le rôle qu'il devait jouer, un avantage particulier; il avait contracté une liaison fort intime avec Mme de Metternich et avait, ainsi qu'il arrive souvent, conservé les rapports les plus confiants avec le mari. Nous ne pouvions donc pas manquer d'avoir les renseignements les plus précis sur tout ce qui se passait à Hanovre. Les propositions adressées par M. de Metternich et lord Castlcreagh à l'empereur de Russie furent mal accueillies; non seulement il n'admit pas la pensée de s'éloigner de son empire lorsqu'il venait d'y rentrer après une absence de plus de six mois, mais avec une mauvaise grâce affectée, il fit partir M. de Lieven assez tard pour qu'il n'arrivât à Hano\Te que la veille du jour où le roi d'Angleterre s'éloignait de cette ville.

Au fond de tout cela, il n'y avait que de l'humeur, sans intention de rompre, la suite l'a bien prouvé. M. de Metternich et lord Castlereagh se trouvèrent donc à peu près seuls en présence l'un de l'autre, car il ne faut guère compter M. de Bulow. Pendant les huit jours que dura leur réunion, on résolut de faire de nouvelles démarches auprès de l'empereur de Russie et de l'adjurer, au nom de l'Europe, au nom de tous les engagements qu'il avait pris avec elle, par les services qu'il lui avait rendus, de ne point lui faire courir de nouveaux dangers. Lui seul pouvait tenir en respect le parti révolutionnaire : comment douter que l'entreprise d'Ypsîlanti n'eût été ordonnée par ceux qui avaient soulevé Madrid, Lisbonne, Naples et Turin? On ne pouvait cependant nier que la dignité impériale russe n'eût besoin d'obtenir des satisfactions à Constantinople, que l'empereur ne dût à lui-même et à ses sujets d'exiger de justes réparations pour les outrages et les violences dont ses coreligionnaires avaient été victimes. La Porte Ottomane, pressée par les sollicitations, par les

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