M. DE METTERNICH ET L'E CABINET RICHELIEU
instances, et, s'il le fallait, par les menaces de toute l'Europe, serait bien forcée de les accorder. Cette solution était préférable à la guerre, qui mettrait en péril les populations chrétiennes de l'Asie.
Ce fut lord Castlereagh qui se chargea de faire valoir ces considérations, dans une lettre adressée à l'empereur Alexandre. Mais le succès de cette démarche était très douteux, et les graves soucis que donnait à M. de Metternich l'ouverture faite à M. de La Ferronnays n'étaient pas écartés. Il ne s'en cachait pas vis-à-vis de M. de Moustier : « Cette France qu'on ne trouve nulle part, disait-il, quand « elle peut être bonne à quelque chose, est toujours là « quand il faut propager quelque mauvaise idée ou susciter « quelque embarras. Si elle feint aujourd'hui de croire « autant à la possibilité d'une guerre d'Orient, c'est sans « doute par le désir qu'elle a de la voir éclater. »
Quand M. de Metternich disait « la France », cela voulait dire le ministère de M. de Richelieu, car ce ministère devenait chaque jour pour lui l'objet d'une aversion plus vive. Il se persuadait que le czar pourrait difficilement s'engager dans une guerre avec la Turquie, si les quatre autres puissances qui composaient l'alliance étaient nettement contraires à cette guerre, et serait nécessairement obligé d'employer la plus grande partie de ses forces dans l'entreprise. Il lui fallait être assuré qu'aucune diversion ne se produirait sur ses derrières, que l'Allemagne ne tenterait rien du côté de la Pologne. Cette certitude, le cabinet russe ne devait l'obtenir que par son alliance avec la France, qui pouvait empêcher une diversion sur la Vistule par la crainte d'une diversion sur le Rhin.
Ce plan était si simple, si naturel, qu'il ne fallait pas s'étonner qu'il eût été conçu à Saint-Pétersbourg et que de premières paroles eussent été dites pour en poser les bases. Comment empêcher ces préliminaires d'aboutir? Si l'empereur Alexandre était si disposé à se confier à la France,
cela tenait à l'estime et à l'affection que lui inspirait Tarai de son enfance, l'ancien gouverneur des provinces méridionales de son empire. Telle avait toujours été la grande préoccupation de l'Angleterre. Elle était plus vive que jamais, car l'inclination du fondateur d'Odessa en faveur des Grecs ne pouvait guère être douteuse. Son esprit éclairé, son âme si généreuse devaient juger sévèrement les barbaries et les crimes du gouvernement de la Porte. Si Alexandre embrassait décidément la cause des Grecs opprimés, il était à peu près certain que le duc de Richelieu s'empresserait de lui apporter l'appui de la France, et les opinions connues des hommes qui partageaient avec lui le fardeau du gouvernement devaient faire penser qu'il ne rencontrerait chez eux aucune opposition. Renverser M. de Richelieu et avec lui l'ensemble de son administration était le but des deux ministres réunis à Hanovre, Malheureusement ils connaissaient la faiblesse de notre position; il ne fallait pas donner beaucoup d'encouragement à ce qu'on appelait le parti de Monsieur, pour qu'il se décidât à tenter les derniers efforts contre un cabinet qu'on lui représentait comme complice des révolutionnaires, et qui avait refusé dernièrement de seconder les généreux efforts de la Sainte-Alliance contre ceux de Naples et de Turin.
M. de Metternich avait à sa disposition les moyens les plus sûrs pour se faire écouter des royalistes. L'Angleterre n'était pas sans relations avec le parti libéral; outre l'influence de son ambassadeur à Paris, elle avait à sa disposition celle de M. de Talleyrand, l'union intime de la France et de la Russie étant, pour cet ancien ministre comme pour les libéraux, un épouvantail avec lequel on était assuré d'exciter leurs défiances. M. de Talleyrand avait raison, attendu l'aversion du czar pour lui, mais les libéraux avaient tort, car cette union eût été le seul moyen d'enlever la Russie à la Sainte-AIHance. Fausses ou justes, toutes