LE PLAN DE CAMPAGNE DE HANOVRE
ces dispositions hostiles formaient les éléments d'une opposition à laquelle pourrait difficilement résister le ministère du duc de Richelieu, déjà affaibli par la retraite de MM. de Villèle et de Corbière. Après lui, l'alliance de la France avec la Russie devenait à peu près impossible; celui qui lui succéderait, pris dans le parti royaliste ardent, ne pouvait manquer de se tourner du côté de la Sainte- Alliance, dont le chef était à Vienne.
Lorsque M. de Metternich et lord Castlereagh quittèrent Hanovre, tout était parfaitement convenu, et chacun se mit à l'œuvre pour assurer le succès de ce nouveau plan de campagne. Tous les renseignements venus à ma connaissance avaient porté une telle conviction dans mon esprit, que je rédigeai un mémoire sur ce qui s'était passé à Hanovre. J'indiquais avec la plus grande assurance tout ce qui avait été préparé, tout ce qui serait tenté contre le ministère Richelieu, je donnais suffisamment à entendre le très probable succès de cette tentative. Ce mémoire, communiqué par moi au duc de Richelieu, à plusieurs membres du ministère, le fut aussi à l'ambassadeur de Russie. La rapidité avec laquelle les événements se sont précipités ne m'a pas permis de savoir ce que cette cour en a pensé.
Au milieu de toutes ces intrigues et quel que fût le résultat auquel elles pouvaient aboutir, notre devoir restait tracé. La nouvelle organisation de Tinfanterie nous avait donné des corps bien commandés, bien disciplinés, animés des meilleurs sentiments. Nos forces militaires étaient reconstituées, il fallait user de nos avantages avec plus de décision qu'on ne l'avait fait sur nos frontières des Pyrénées. C'est de l'Orient que s'avançait l'orage; la France devait être d'autant plus sur ses gardes que tout ce qui se passait dans la Méditerranée avait toujours été pour elle d'une très haute importance. Malte et les îles Ioniennes se trouvaient au pouvoir de l'Angleterre; le royaume des Deux-Siciles était, momentanément au moins, occupé par
TAutriche. Encore quelques pas dans cette voie, et les vaisseaux français, dans le cas d'une rupture avec ces deux puissances, n'auraient plus un seul point de relâche assuré dans cette mer, où leur pavillon s'était montré avec tant d'honneur et avait joui d'une si longue prépondérance. Heureusement la position de l'Autriche était précaire en Italie; l'Angleterre elle-même, à peine remise des fatigues de la lutte qu'elle avait soutenue pendant vingt ans, n'avait nulle envie de courir à de nouveaux combats. Dans cette position, il était nécessaire que la France avertît l'Europe que le temps était venu de compter avec elle, que sa résolution était prise de ne pas souffrir qu'on disposât sans elle d'intérêts qui la touchaient autant. Pour cela, il suffisait d'assembler vingt à trente mille hommes dans les provinces limitrophes de la Méditerranée, et au même moment, de réunir à Toulon une escadre de douze à quinze vaisseaux de guerre de différentes grandeurs. Suivant la marche des événements, le gouvernement français se trouverait également en mesure soit de secourir un ancien allié, soit d'empêcher l'extermination de toute une nation chrétienne. Il trouverait encore dans ce déploiement de forces l'avantage certain de relever le prestige français en Italie et d'en imposer à de certaines intentions trop clairement manifestées par l'Autriche, qui était parvenue à l'occuper presque tout entière.
Le travail dans lequel j'avais exposé ces idées ayant été approuvé par le duc de Richelieu et mes collègues, fut soumis au Roi dans un conseil, le 17 octobre. Sa Majesté en approuva les conclusions. Ce qui avait décidé l'assentiment royal (1) fut l'hypothèse relative à la révolution d'Espagne. On se trouvait à l'époque où cette révolution
(i) Cet assentiment fut porté jusqu'à ce point, que Sa Majesté se servit pour l'exprimer de ces propres paroles : • J'approuve tous les « principes et toutes les conséquences de ce rapport, la résolution qui « m'est proposée est un acte dont je veux honorer ma vieillesse. ■