LE PROTOCOLE PRÉLIMINAIRE
imprudente et malhabile. Non seulement M. de Metternich ne parut blessé par aucune des idées contenues dans ce mémoire, mais il affecta d'en être tellement satisfait et mit un tel empressement à se charger de le faire valoir auprès des souverains, que les plénipotentiaires français crurent n'avoir pas un moment à perdre pour expédier à Paris un courrier porteur de cette bonne nouvelle. Elle fut reçue par nous avec un étonnement mêlé de regrets; pour l'expliquer, nous pensâmes que le cabinet autrichien ayant pénétré les véritables intentions de la Russie, avait fini par s'arrêter à des résolutions plus sages. Cette illusion ne devait pas durer longtemps; toutefois les deux plénipotentiaires français furent autorisés à mettre à la disposition des alliés toute l'influence que le roi de France était en mesure d'exercer à Naples.
Voici maintenant quel fut le dénouement de cette étrange mystification. M. de Metternich fît entendre aux souverains présents à Troppau, que du moment où il était impossible d'obtenir de Londres ni de Paris des réponses satisfaisantes, les intérêts révolutionnaires ayant dans ces deux résidences, principalement à Paris, de trop puissants défenseurs, on ne devait pas se croire obligé d'attendre davantage. Les trois souverains présents ne feraient-ils pas un acte de sagesse et de prudence en prenant une initiative qui trancherait la plus importante des questions, celle de la garantie réciproque qu'ils se devaient contre les tentatives révolutionnaires? Ils étaient bien assez puissants pour donner à la résolution qu'ils adopteraient toute l'autorité dont elle avait besoin, et cette résolution une fois connue, embarrasserait beaucoup les cabinets anglais et français. Ils n'oseraient pas la combattre ouvertement, et leur silence forcé tiendrait lieu d'acquiescement. Ainsi fut décidé le protocole préliminaire. Il fut signé le 19 novembre. C'est le premier pas fait dans la route où s'engagea dès lors cette triple alliance qui ne tarda pas à substituer son
action à celle de la quintuple alliance. Cette pièce importante est connue, je ne crois pas nécessaire de la transcrire ici.
Deux autres pièces étaient jointes à celle-là; la première était un supplément au protocole, dans lequel les trois cours convenaient, préalablement à toute action, d'inviter le roi de Naples à se rendre à Laybach, pour y conférer avec elles et aviser aux moyens de remettre l'ordre dans ses États. La troisième était une lettre que chacune des trois cours écrivait individuellement au roi pour lui faire part de celte invitation. Tout cela avait été préparé dans des réunions tenues en dehors des plénipotentiaires de France et d'Angleterre. On ne les avait appelés que pour une dernière conférence, dans laquelle il leur fut donné connaissance des actes convenus et signés, avec prière de les communiquer à leurs cours respectives et de les engager à y accéder, comme aussi à joindre promptement leurs bons offices à ceux des trois souverains en écrivant au roi de Naples dans le même sens qu'eux.
En étudiant avec soin le protocole auquel on nous demandait d'adhérer, il était facile de se rendre compte de la part que chaque puissance avait prise à la rédaction ; laissant de côté la Prusse, qui dans la réalité ne figure que pour donner son adhésion, le préambule pompeux, l'invocation solennelle à la morale chrétienne, appartiennent évidemment à la Russie; l'exposition des principes renfermés dans le premier et dans le deuxième article était la justification de la conduite que l'empereur Alexandre avait proposé de tenir à l'époque de la révolution d'Espagne. Le troisième article, qui indiquait la nécessité d'employer la force, était inspiré par M. de Metternich. L'article 4 garantissant le respect de tous les droits existants de souveraineté et de propriété, proclamant la nécessité de rendre la liberté d'action au roi, tout en donnant à la nation des institutions désirées par elle, était le résultat