LE PROTOCOLE PRÉLIMINAIRE
des idées libérales et des théories du ministre russe Cape d'Istria. C'était ce ministre encore qui avait dû vouloir dans Tarticle 5 que les démarches amicales précédassent toujours l'emploi de la force militaire. Mais aussi M. de Metternich était parvenu, dans ce même article, à bien indiquer la prochaine occupation militaire par la seule armée autrichienne. C'était le résultat auquel il voulait par-dessus tout arriver, ou plutôt c'était celui auquel il était contraint de se borner; toute conquête nouvelle, tout agrandissement étant devenu impossible, du moment où il fallait marcher avec l'empereur Alexandre et s'accommoder avec son respect déclaré pour le siatu quo. En cela du moins, la France a pu se dire que, malgré bien des mécomptes, elle avait atteint le but qu'elle s'était proposé en provoquant le congrès. Elle avait empêché l'Autriche de faire sortir de la nécessité de comprimer la révolution napolitaine le prétexte d'un accroissement territorial en Italie. Elle l'avait contrainte à abandonner la prétention de faire valoir, au moins ostensiblement, son traité secret de 1815 avec le roi de Naplcs. M. de Metternich, de son côté, fut consolé de ce désappointement par un grand succès, il était parvenu à faire entrer l'empereur Alexandre, sans le concours de deux de ses alliés, dans des démarches qui le mèneraient certainement beaucoup plus loin qu'il ne s'y attendait. M. de Capo d'Istria espérait toujours que les projets de l'Autriche ne se réaliseraient pas. 11 est difficile de ne pas croire que telle a été en effet l'intention de l'empereur Alexandre, car il disait à M. de La Fcrronnays plus de trois semaines après la signature du protocole : « Soyez tranquille, en résultat nous empêcherons bien l'Autriche de guerroyer en Italie comme elle en a tant d'envie. » Il est impossible de ne pas remarquer le caractère pacifique de la circulaire adressée par les trois souverains à leurs légations respectives. Il y était encore formellement articulé que le roi de Naples était invité à se
rendre à Laybach et à y paraître en qualité de « médiateur », entre son peuple égaré et les autres États dont la tranquillité se trouvait menacée.
Telles étaient les opinions contradictoires que chacun s'était formées sur les décisions du congrès. A Paris, on n'hésita pas à s'associer à tout ce qui semblait avoir pour but d'amener les affaires de Naples à une heureuse fin, et à joindre les efforts du roi de France à ceux des trois souverains pour décider la venue du roi de Naples à Laybach et le faire entrer ainsi dans l'œuvre de médiation qui se préparait. On devait espérer que cette démarche confirmerait l'empereur Alexandre dans le désir de conciliation qu'il manifestait et dont la sincérité semblait d'autant moins douteuse qu'on eut, très peu de jours après, communication d'une nouvelle démarche qu'il venait de provoquer de la part de l'Autriche et de la Prusse auprès du Pape. Ces trois souverains s'étaient réunis pour prier Sa Sainteté d'accepter le rôle de médiateur offert au roi de Naples dans le cas où celui-ci serait empêché d'assister à la réunion proposée (1). Le roi de France écrivit donc la
(1) Voici ce que j'écrivais à M. Decazes le 1* décembre : t Au prec mier aperçu, il nous semble utile que le roi de Naples accède à la t proposition qui lui est faite. Est-il à craindre que ses sujets s'y
< opposent? J'ai de la peine à le croire. Le reste de la famille leur « demeure, et il est impossible de supposer que les puissances veuil- € lent abuser de l'avantage d'avoir la personne du roi de Naples entre • leurs mains. Elles seront au contraire, suivant toutes les appa- « rences, engagées par sa présence dans des voies de générosité dont
< il leur sera difficile de s'écarter; dans tous les cas, si la France ou € l'Angleterre, ou toutes les denx, concourent à déterminer le roi k I venir à Laybach, elles auront le droit le plus incontestable de t parler, d'agir en sa faveur, de défendre ses vrais intérêts et ceux. « de son peuple. »
Plus tard, le 7 décembre, je lui écrivis encore, en insistant sur l'avantage que pourrait avoir une lettre du roi d'Angleterre adressée au roi de Naples et conçue dans le même sens que celle du roi de France ; puis, en lui répondant au sujet de la chaleur avec laquelle lord Castlereagh s'exprimait sur le protocole préliminaire, j'ajoutai : « Plus je pense à cette affaire, c'est-à-dire à ce protocole, plus j'inc cline à croire qu'il y a dans sa rédaction plus de légèreté et moins