LES ÉLECTIONS DE
Richelieu se rendit à mes raisons et n'insista plus auprès de M. Frayssinous. M. Cuvier occupa provisoirement la présidence, comme il l'avait fait après la démission de M. Royer-CoUard.
Le président du conseil eut quelque temps après l'occasion de témoigner à M. Frayssinous toute sa bienveillance : le cardinal de Périgord, archevêque de Paris, étant mort, il ne pouvait être remplacé dans les fonctions de grand aumônier que par un des hommes les plus considérables du clergé. On fît choix de Mgr de Croy, archevêque de Strasbourg. Ce prélat, appartenant à l'une des premières familles de France, s'était fait dans son diocèse une grande réputation de charité clirétienne et de tolérance. On le disait faible d'esprit; on crut devoir placer près de lui un homme intelligent et sûr. M. l'abbé Frayssinous fut nommé premier aumônier en même temps qu'évêque d'Hermopolis.
Il nous restait d'importantes questions à résoudre dont la solution déciderait probablement de la conservation ou de la chute du ministère. Quelle serait l'époque de l'ouverture de la prochaine session? Risquerait-on le renouvellement entier de la Chambre ou se contenterait-on de faire remplacer le cinquième sortant ? Dans quel esprit se ferait le choix des présidents de collège? Nous étions d'accord qu'il fallait hâter l'ouverture pour pouvoir voter non seulement le budget de 1822, mais aussi celui de 1823 et échapper ainsi à la nécessité de demander des crédits provisoires. On était divisé dans le conseil sur la question du renouvellement intégral ou partiel. Si les élections ne présentaient pas les mêmes chances de succès que l'année précédente, c'était encore cependant le seul moyen, la seule occasion de faire un appel à la partie modérée de la nation et d'obtenir son secours. Une proclamation royale bien conçue, des intentions clairement exprimées, les présidents des collèges choisis parmi les royalistes sages et consti-
tutionnels, enfin Taction tout entière de l'administration dirigée dans le même sens, étaient encore des moyens dont il était permis d'attendre de bons et d'utiles résultats. Voilà ce que je pensais avec MM. Portai, Roy, Siméon, Portails, de Rayneval, et môme M. de Serre, si prononcé dans un autre sens au mois de septembre précédent.
En opposition à cette manière de voir, venait d'abord M. Laine, décidé à ne jamais s'associer à un acte qui rappellerait en quelque chose l'ordonnance du 5septembre;comme c'était une résolution d'instinct plus que de raisonnement, il était fort difficile de la combattre, M. de Latour-Maubourg s'effrayait des clameurs que cette mesure soulevait autour de lui. M. Mounier regardait la dissolution comme le meilleur parti à prendre, mais il ne le croyait cependant pas indispensable et se plaisait à espérer qu'une administration soutenue par la partie la plus éclairée de la nation ne pourrait être aussi facilement renversée qu'on le supposait. Il était fort encouragé dans cette confiance par le souvenir des dernières paroles que lui avait dites M. de Villèle, des engagements qu'il avait en quelque sorte pris en lui faisant ses adieux. Il lui répugnait d'ailleurs de prendre une mesure qui serait certainement considérée par la droite comme une rupture déclarée. L'opposition de Monsieur contre le ministère s'accentuait chaque jour.
Le duc de Richelieu me déclara donc que sur cette question son opinion était arrêtée, son parti irrévocablement pris, que, redoutant une discussion dans le conseil, il était fort tenté de ne pas la provoquer. Il eût voulu que le ministre de l'intérieur, restant dans ses anciens errements, apportât sans plus de commentaires l'ordonnance pour la convocation de la série des collèges électoraux appelés à élire cette année. Je ne lui cachai pas que la plupart de ses collègues seraient blessés qu'on ne prît pas même leur avis sur une question de cette importance. Chacun, d'ailleurs, sentait que le parti de la dissolution ne pouvait être pris que d'un