‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 153 sur 275 · LES ÉLECTIONS DE · texte numérisé non relu

LES ÉLECTIONS DE

assentiment à peu près unanime, et que du moment où lui et M. Laine persistaient dans leur opposition, la discussion n'irait pas plus loin. C'est en effet ainsi que les choses se passèrent. Chacun dans le conseil exposa ses raisons, et devant l'opinion persistante du président, il fut arrêté qu'on ne procéderait qu'au renouvellement d'un cinquième. On fixa la convocation des collèges du !•' au 10 octobre. Les illusions du duc de Richelieu sur l'appui secret de M. de Villèle et les bons sentiments des royalistes étaient telles, qu'il s'obstina à garder pour présidents des collèges les hommes dont l'hostilité s'était trahie avec le plus d'audace. Cette faiblesse s'explique par la générosité de son caractère et son absolue loyauté; pourtant cette conduite produisit un mauvais effet dans l'opinion ; les hommes mômes qu'il était dans son intention de ménager n'y virent qu'un symptôme de faiblesse, qui augmenta leur assurance. Une seule exception fut faite à ce système d'oubli et d'indulgence, elle fut malhabile. Elle porta sur M. Bertin de Vaux, auquel on refusa la présidence de Versailles. La suite fit voir que M. Bertin était à ménager; c'était à la fois le plus influent des journalistes et Tami le plus intime de M. de Chateaubriand. Sa conduite dans la dernière session avait manqué de franchise, je l'ai fait remarquer, mais il ne s'était prononcé vivement que contre la loi de censure ; comme principal propriétaire du Journal des Débats, il était trop intéressé dans la question pour qu'on eût le droit d'espérer de lui une opinion impartiale.

Je ne crois pas me tromper en affirmant que dans le pays la satisfaction était générale, que jamais depuis la Restauration on n'avait joui d'une tranquillité plus complète. Il en faut excepter quelques salons à Paris et dans un petit nombre de villes de province où dominait le parti peu nombreux de l'ancienne noblesse, et aussi quelques libéraux ou doctrinaires, dont les amours -propres ou les intérêts avaient été froissés. Les agitations de 1820, si vite

calmées, les périls qui pouvaient naître des révolutions d'Espagne et d'Italie, si promptement et si facilement conjurés, semblaient une garantie assurée que la France avait devant elle des années prospères. Son crédit allait chaque jour s'affermissant, le dernier emprunt en témoignait. Il n'y avait donc d'agitation, de besoin de changements que parmi les membres de la droite qui trouvaient appui et encouragements dans l'héritier présomptif du trône. Là, il y avait des ambitions qui ne pouvaient être satisfaites du cours régulier que prenaient les choses; là, le parti des émigrés, les catholiques exaltés, étaient tout-puissants ; là, on voulait des évéchés richement dotés, un clergé' nombreux , dirigeant les affaires poUtiques. C'était aux Tuileries, dans le pavillon Marsan, que s'organisait l'opposition qui allait, contrairement au sentiment du pays, changer la marche du gouvernement. En attendant le moment de porter les grands coups, on poursui^t une guerre de chicanes contre le cabinet qu'on voulait discréditer. Si un procès quelquefois trop légèrement entamé par le ministère pubHc contre quelque écrivain séditieux n'avait pas l'issue qu'on devait attendre, c'était l'influence ministérielle qui avait agi pour sauver le prévenu. Celafut établi à l'occasion des poursuites dirigées contre Paul-Louis Courier, écrivain d'un grand talent, qui, à propos de la souscription de Chambord, avait publié le pamphlet le plus mordant contre la cour, la noblesse et le gouvernement royal. Il fut condamné par le jury à deux mois de prison et à deux cents francs d'amende, peine qu'on trouva fort légère.

Les clameurs s'élevèrent plus bruyantes encore à propos d'un monument que le fils du maréchal Kellermann, duc de Valmy, avait fait élever à son père à Valmy même. Il avait obéi aux volontés exprimées par le vieux maréchal, qui avait en mourant demandé que son cœur fût déposé sur le champ de bataille qui avait été le théâtre de sa

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