LE MONUMENT DE VALMY. 36S
gloire. Ce vœu était depuis longtemps connu, le Moniteur en avait fait mention à l'époque de la mort du maréchal. Personne alors n'y avait trouvé à redire. Le ministre de l'intérieur n'avait donc vu aucun motif de s'opposer à l'érection du monument. Dès qu'il fut achevé, on se récria, à la cour et dans les salons , contre l'indécence de la cérémonie qui avait eu lieu , contre la honteuse faiblesse du gouvernement, qui souffrait qu'on élevât un trophée à une victoire remportée non pas seulement sur les étrangers, mais bien encore sur les princes, marchant alors à la tête des seuls Français qui fussent restés fidèles. L'inscription gravée sur le monument disait que la bataille de Valmy avait sauvé la France, alors qu'on avait repoussé les princes légitimes. Les autorités départementales assistaient à cette cérémonie, des fonctionnaires publics avaient prononcé des discours déplacés. Le duc de Richelieu fut un instant troublé par ces colères ; il comprit cependant combien ces plaintes qui l'assaillaient au château étaient peu fondées. Comment le ministre de Tintérieur pouvait-il s'opposer à l'érection d'un monument funéraire commandé par un maréchal de France, dont le titre de duc de Valmy consacrait le souvenir d'une victoire? Le Roi avait autorisé la transmission de ce titre au fils et l'avait appelé à siéger à la Chambre des pairs. Combien une pareille interdiction n'aurait-elle pas froissé les hommes occupant les rangs les plus élevés dans l'armée, qui tous portaient des titres dont l'origine était de même nature, lorsque tous ils avaient à la même époque combattu le drapeau blanc? Quant à l'inscription dont on affectait de se plaindre, la réponse était facile, elle n'existait pas telle qu'on se plaisait à le dire ; les mots de sauver la France ne s'y trouvaient pas. Ces détails ont leur importance, parce qu'ils montrent la malveillance qui dénaturait tous les actes du gouvernement et les étranges exigences du parti qui le combattait. Les énjigrés avec leurs préjugés, leurs rancunes, se mettaient
résolument en opposition avec les sentiments du pays et attaquaient les souvenirs les plus respectables.
Je fus assez heureux pour terminer le différend qui s'était élevé entre la France et l'Amérique du Nord, relativement aux droits perçus ou à percevoir sur la navigation entre les deux pays et sur l'interprétation qui devait être donnée aux clauses du traité par lequel la France avait cédé la Louisiane aux Ëtats-Unis. Quand je quittai le ministère, l'accord était signé, et mon successeur n'eut qu'à expédier la lettre d'envoi.
Il en fut de même pour la convention conclue avec le Saint-Siège relativement aux nouvelles circonscriptions des évêchés. M. Portalis avait rédigé avec moi un mémoire qui fut envoyé à M. de Blacas et qui démontrait combien il y aurait d'avantages, pour le Saint-Siège comme pour la couronne de France, à fixer sur-le-champ et d'une manière irrévocable l'état de l'épiscopat de France et à le soustraire à toutes les fluctuations des partis politiques. Le gouvernement était en mesure de demander aux Chambres les fonds nécessaires pour ces nouveaux sièges. Cette demande serait soutenue sans aucun doute par les villes et par les départements intéressés dans la question. Nous devions compter aussi sur les sentiments éclairés du cardinal Consalvi, pour arriver à une prompte solution ; mais il fallut combattre les démarches, les intrigues de tous ceux qui espéraient des concessions plus larges, le rétablissement de tous les sièges existant avant 1789. Il n'est donc pas étonnant que la décision pontificale se soit fait attendre plus longtemps qu'on ne l'avait d'abord supposé. On commença par l'érection de trois archevêchés et de quatre évêchés (1). Les bulles arrivèrent à Paris dans le courant du mois d'octobre et furent, suivant l'usage, vérifiées au Conseil d'État et publiées dans le Bulletin des lois. Les autres ne furent
(d) Les trois archeyêchés étaientceux de Reims, Sens et Avignon. Les quatre évêchés étaient ceux de Ghàlons, Périgueux, Nîmes et Luçon.