‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 155 sur 275 · CARDINAUX FRANÇAIS · texte numérisé non relu

CARDINAUX FRANÇAIS

installés qu'en 1822, sans rien changer à ce que le ministère Richelieu avait décidé.

La mort de deux cardinaux français, MM. de La Luzerne et de Périgord, mettait la France dans le cas de demander deux chapeaux, en remplacement de ceux qu'elle venait de perdre. Le grand âge du Pape donnant à prévoir un prochain conclave, il importait d'avoir un homme actif, capable de réunir par son talent et l'éclat de sa situation la partie du Sacré Collège qui voudrait marcher suivant les vues de la France. Le choix était difOcile. M. de Richelieu jeta les yeux sur M. l'abbé de Montesquiou : il trouvait en lui les avantages d'une haute naissance, d'un esprit très pénétrant avec une grande habitude de la parole. C'était un ancien ministre du Roi, un des hommes ayant le plus contribué à la Restauration. Avec lui, le président du conseil proposa au Roi M. de Clermont-Tonnerre, archevêque de Toulouse, dont le nom devait être agréable au Pape, qui avait la prétention de tirer son origine de la même famille que lui. M. de Blacas reçut des instructions en conséquence. Il ne trouva rien à opposer au choix de M. de Clermont- Tonnerre. Mais il avait une haine profonde contre M. l'abbé de Montesquiou, depuis la rivalité qui s'était établie entre eux dans le ministère de 1814. Il s'eflForça de contrecarrer secrètement les démarches qu'il était obligé de faire officiellement, pour obéir à ses instructions. C'est ainsi qu'on vit s'élever contre l'abbé de Montesquiou une objection à laquelle on n'était pas accoutumé de la part de la cour de Rome et que ne justifiait guère la composition du Sacré Collège, celle de n'être pas assez occupé de ses devoirs religieux. Cette mauvaise chicane aurait été écartée si le ministère qui avait fait la proposition était demeuré pour la soutenir. Après la chute du duc de Richelieu, M. de Clermont-Tonnerre fut seul nommé cardinal, dans le courant de 1822. Ce n'était pas assurément la pureté de ses mœurs qui l'avait recommandé.

Pour terminer rénumération de tout ce que le ministère dont nous traçons l'histoire crut devoir faire alors en faveur du clergé, nous dirons que dans les premiers jours de novembre M. le cardinal de Bausset fut nommé ministre d'État et membre du conseil privé. Ce prélat, ami particulier de M. de Richelieu, était un des hommes les plus distingués dont s'honorassent l'Église, l'État et les Lettres. Nous le consultions sur les questions les plus importantes, surtout sur les questions ecclésiastiques; ses avis étaient toujours dictés par l'esprit le plus éclairé, la conscience la plus délicate et par la connaissance la plus parfaite de tous les droits et de tous les principes.

Moins que personne je me faisais des illusions sur le sort du ministère. J'étais parfaitement convaincu que peu de jours après les élections il lui faudrait se retirer. J'étais fatigué des affaires, sans illusion sur les hommes, désireux de jouir d'une vie plus retirée. Je me décidai donc à demander mon entrée définitive à la Chambre des pairs. J'avais depuis 1818, entre mes mains, l'ordonnance royale qui me nommait pair, elle était contresignée par M. DessoUe ; mais il m'eût été désagréable d'avoir à produire un titre déjà si ancien. On pouvait d'ailleurs d'autant plus contester sa valeur que j'avais continué à remplir pendant trois ans mes fonctions de député. Je désirais donc qu'elle fût renouvelée. Cette demande troubla le duc de Richelieu, non qu'il ne fût parfaitement résolu à faire tout ce que je souhaitais, il me le dit de la manière la plus amicale, mais il ne pouvait s'empêcher de craindre que le public ne vît dans ma décision un symptôme de découragement après le rôle que depuis trois ans j'avais joué à la Chambre des députés. « Pourquoi vous presser? me dit-il. N'étes-vous pas parfaicc tement sûr que cela ne peut vous manquer? — Non sans « doute, répondis-je, mais je préfère recevoir la pairie « comme une récompense de mes services, librement « accordée, que de l'avoir comme une consolation de mon

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