DISCUSSION SUR LA CENSURE
« renvoi. Je désire entrer dans la Chambre des pairs mi- « nistre du Roi et non comme ministre congédié. Attaqué « comme je le suis, il est bon que je sois dans une situation « indépendante. »
Ma nomination à la pairie parut au Moniteur du 25 septembre. Beaucoup de mes amis me blâmèrent à cette époque du parti que j'avais pris. J'ai toujours pensé, et les événements m'ont donné raison, que même au point de vue de la résistance que je prévoyais contre de dangereuses doctrines, je serais plus fort à la Chambre des pairs. L'inutilité des efforts faits par M. de Serre en 1824 pour obtenir sa réélection, malgré son talent et l'éclat de ses services, a prouvé que les passions politiques sont implacables.
Ce fut le 6 octobre que parut l'ordonnance pour la convocation des Chambres, fixée au 5 novembre. En attendant de connaître le résultat des élections, il fallait s'entendre sur les principales questions qu'on aurait à soumettre aux Chambres. En première ligne venait la prorogation de la censure des journaux qui, d'après le texte de la dernière loi, expirait trois mois après l'ouverture de la session. Nous eûmes donc à délibérer encore sur cette fatigante question. Fallait-il de nouveau courir le hasard des débats? Ne serait-il pas préférable de rendre auxjournaux cette liberté tant réclamée, en essayant d'en réprimer les abus par une législation plus sévère que celle établie en 1818? Alors on devait enlever au jury la connaissance des délits de la presse et la rendre à la justice correctionnelle. C'était l'avis de plusieurs membres du conseil, notamment de deux jurisconsultes fort éclairés, MM. Siméon et Portalis; mais M. le garde des sceaux, dans les attributions duquel se trouvait la préparation du travail sur cette matière, était fort prononcé dans un sens contraire. Ses opinions depuis 1818 avaient changé sur beaucoup de points, mais sur celui-là elles étaient immuables ; or son opposition n'était pas de celles qu'on pût surmonter facilement. Il disait qu'on se
plaignait à tort de Tindulgence du jury. Du moment oîi la juridiction ne pouvait être changée, il n'y avait pas de grands résultats à attendre d'une nouvelle définition des délits et d'une plus grande rigueur dans l'application des peines. Même en faisant sur cette matière une nouvelle loi pénale plus sévère, ce qu'on crut cependant devoir tenter, on était forcé de s'avouer, personne n'en était plus convaincu que le garde des sceaux, qu'il y aurait de la témérité à se fier entièrement à cette loi et à ne pas la corroborer pendant assez longtemps encore par la continuation de la censure des journaux. M. de Serre n'hésitait pas à soutenir qu'il fallait avoir le courage de la demander. C'était le seul moyen d'échapper aux orageuses discussions qui se reproduisaient chaque année sur cette matière. On pouvait objecter que cette marche était possible sous un ministère assuré de sa majorité, et que telle n'était pas notre situation. L'avis de M. de Serre, après une longue discussion, prévalut.
Quelques jours plus tard, nous eûmes dans le conseil une véritable surprise. Le ministre de la guerre, sans que personne fût prévenu, donna lecture d'un projet d'ordonnance qui mettait à la retraite cent cinquante officiers généraux, tant lieutenants généraux que maréchaux de camp. Pendant que tout le monde se regardait dans un premier moment de surprise et sans savoir que dire, je parcourus la liste des généraux frappés par cette mesure. Elle était composée arbitrairement de généraux ayant passé cinquante-cinq ans, mais sans que tous ceux qui étaient dans ce cas y fussent compris. Je marquai au crayon une douzaine de noms, puis, passant cette liste au ministre de la guerre : « Mon général, lui dis-je, si vous voulez regarder « les noms soulignés par moi, ils vous indiqueront le motif « du travail sur lequel vous appelez notre délibération. J'ai « peur que le désir d'atteindre ces hommes n'ait été le prince cipal objet du projet qui vous a été suggéré et auquel je