LES MISES EN RÉFORME
« suis persuadé que vous renoncerez parce qu'il détruit la « hiérarchie militaire en France. Tous ceux qui veulent « être assurés en entrant dans une carrière de pouvoir la « suivre jusqu'au bout et y recueillir les avantages et les « honneurs qui peuvent y être attachés, ne voudront plus ft entrer dans l'armée. On viendra dire à des hommes enft core pleins de vie, de force, d'énergie, qui ont peut-être « versé leur sang dans cent combats, qui ont résisté aux a plus pénibles travaux : Vous avez cinquante-cinq ans, il « dépend du ministre de la guerre de vous forcer à prendre « votre retraite et d'abandonner toutes les chances de gloire a et de fortune qui vous seraient encore ouvertes t ... On ne « craint pas d'établir en principe qu'à partir de cinquante- « cinq ans, alors que l'homme conserve encore toutes ses « facultés, on a le droit de renvoyer de l'armée un général « quand son expérience pourrait encore lui être de la plus « haute utilité, quand ses exemples pourraient encore offrir « les plus salutaires leçons, et c'est sous prétexte d'encou- « rager la jeunesse qu'on lui ôte tout avenir t II est bien « dangereux d'encourager les appétits, le besoin excessif « d'avancement au mépris des services rendus. S'il y a des « abus à réprimer, des réformes à faire dans les hauts « grades, il faut avoir le courage de les prononcer et la « fermeté de les maintenir. Le Roi est le chef suprême de « l'armée, à ce titre il a le droit d'éloigner des emplois qui- « conque lui donne de justes sujets de mécontentement. Si « donc il y a sur la liste que je viens de lire des hommes te qui méritent des reproches, que M. le ministre de la « guerre fasse un rapport à Sa Majesté. Tous, si cela est «jugé convenable, nous contresignerons l'ordonnance; « mais que pour satisfaire des ambitions impatientes ou « peu justifiées, on prenne, sans oser dire franchement le « but qu'on veut atteindre, des mesures dont les consé- « quences seraient désastreuses, c'est ce que je ne saurais « approuver. » Cette sortie resta sans réplique de la part
(lu ministre de la guerre. Sans nous donner aucune raison, iM. de Lauriston déclara que la mesure proposée par son collègue était non seulement utile, mais qu'elle était indispensable. Le duc de Richelieu fut froissé par une assertion aussi tranchante. Il reprit mes arguments, et les fit valoir avec toute l'autorité que donnaient à ses paroles son caractère loyal et l'indignation dont il était toujours animé à la pensée d'une injustice. La discussion devint dès ce moment très vive entre lui et M. de Lauriston, qui alléguait sans cesse qu'il fallait faire quelque chose en faveur de tant de jeunes officiers que désespérait le défaut d'avancement. On fut amené à examiner d'où sortaient la plupart de ces officiers si exigeants, si impatients. Il se trouva que le plus grand nombre sortaient des compagnies rouges, qui dès 1814 avaient obtenu des grades beaucoup plus élevés que n'en méritaient pour la plupart des jeunes hommes sans antécédents. On constata sans peine que dans les gardes du corps les cadres étaient disproportionnés. Le duc de Richelieu montra que c'était pour la liste civile une des grandes causes des embarras d'argent dans lesquels se trouvait toujours le ministère de la maison du Roi, embarras dont M. de Lauriston se plaignait sans cesse. Il ajouta qu'il espérait bien que M. le duc d'Angouléme, lorsqu'il arriverait au trône, se débarrasserait d'une charge aussi inutile et aurait la sagesse politique de se confier à la garde royale et à l'armée tout entière, ainsi que le faisaient l'empereur d'Autriche, l'empereur de Russie, le roi de Prusse et le roi d'Angleterre, qui n'en étaient pas moins en sûreté dans leurs palais. M. de Lauriston prit feu pour les gardes du corps. Il dit que si on avait daigné faire attention à ses justes représentations, il aurait été très facile dès le dernier budget de faire rentrer cette dépense dans celles de l'État, mais qu'on avait apparemment des raisons pour écraser la caisse personnelle du Roi, témoin une créance particulière contractée par Sa Majesté envers l'Au-