‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 17 sur 275 · LE DROIT D'INTERVENTION · texte numérisé non relu

LE DROIT D'INTERVENTION

lettre la plus pressante au roi de Naples et s'efforça de lui faire sentir tous les avantages qu'il pourrait tirer de la démarche qu'on lui conseillait. Cette lettre fut rendue publique, on peut la lire dans Y Annuaire de Lesur (année 1820).

Restait à défendre les vrais principes, auxquels le protocole préliminaire dans plusieurs de ses articles portait les plus sérieuses atteintes. Cette faculté d'intervention réciproque que prétendaient s'attribuer les puissances dans les affaires intérieures de tous les Ëtats, grands ou petits, de l'Europe, et qu'elles proposaient à la France et à l'Angleterre de partager avec elles, n'était rien moins que la création d'un droit public tout nouveau, dont les conséquences ne pouvaient se calculer. En supposant que cette faculté ne fût d'abord employée que dans un but d'intérêt général, quelle garantie était-il possible de donner contre les actes et les violences qu'elle pouvait autoriser plus tard? Quand les forces étaient si inégales, n'était-il pas évident que les faibles seraient opprimés parles plus forts? Si on voulait bien considérer que l'armée russe, de huit ou neuf cent mille hommes, était campée de l'autre côté de la Vistule, comment n'être pas effrayé de la pensée qu'à l'aide

c de projets sérieux qu'on D*est fondé & le croire au premier aperçu. « L'accord qu'il fait préjuger entre les trois cabinets est peut-être « beaucoup moins parfait qu'on ne le suppose ; il y a plus, je ne puis « m'empècher de regarder cet acte comme une sorte de transaction c entre des idées et des vues assez dissemblables. L'Autriche voulait à € toute force marcher, elle ne voulait aucune négociation, elle ne

< voulait aucun changement dans l'ancien gouvernement napolitain, c et voilà que si le roi de Naples accède À la proposition qui lui est c faite, elle sera obligée de renoncer k tous ces vouloirs ; il y aura c une négociation, point d'expédition, et probablement une nouvelle • organisation donnée à cet ancien gouvernement qu'elle aime tant, c C'est peut-être pour lui arracher tout cela qu'on a accepté des t paroles fort malsonnantes sans doute, mais dont les suites pour- € ront être fort atténuées par la résistance qu'on opposera aux conc séquences des principes qu'elles énoncent. Cependant le grand mot c de négociations aura été prononcé, et il sera difficile d'empêcher

< qu'on ne passe bientôt du mot à la chose. >

de riûterprétation plus ou moins rigoureuse de ce droit de nouvelle création, non seulement les petits Ëtats de l'Allemagne, mais la Prusse elle-même, ne pourraient plus entreprendre dans leur organisation intérieure aucun changement qui ne pût justifier l'occasion d'une intervention armée? Cependant le cabinet prussien n'avait pas protesté, non pas que le péril lui eût échappé, mais il était avant tout préoccupé d'éviter celui que les menées révolutionnaires pouvaient lui faire courir. Le ministère français ne pouvait, sans manquer à tous ses devoirs, imiter une pareille conduite; il fut unanime pour décider que jamais il ne donnerait au protocole l'acquiescement de la France. Restait à savoir s'il fallait se hâter de prononcer ce refus, et comment il devait être libellé. Sur le premier point, il n'y avait aucun motif pour se presser; il eût été très fâcheux de heurter sans nécessité l'empereur Alexandre. Nous savions par M. de La Ferronnays que ce prince ne mettait pas en doute le consentement de l'Angleterre et ne paraissait inquiet que des conseils qu'elle pourrait recevoir de la France, tant étaient grandes les préventions que déjà on avait su lui inspirer contre le cabinet français.

J'envoyai à M. Decazes l'ordre formel de s'abstenir visà-vis de lord Castlereagh de toute communication, de toute parole qu'on pourrait considérer comme une suggestion ou un conseil. Cette réserve était d'autant mieux indiquée qu'il n'y avait aucun doute à concevoir sur la résolution du ministère anglais. Elle lui était commandée par tous les principes de son gouvernement et par l'opinion publique, qui ne lui aurait pas pardonné la moindre hésitation. Son langage fut donc très net, et dans ses rapports confidentiels, elle ne cacha pas son mécontentement des imprudences qui la forçaient à marquer son dissentiment avec les trois souverains. Le plénipotentiaire anglais eut à faire connaître le refus absolu de sa cour. Il y eut de plus une note secrète remise par lui le 15 décembre à M. de

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