COMPOSITION DU BUREAU DE LA CHAMBRE
difficile de ne pas la croire dictée par les remords qui Font poursuiA^i jusqu'à la mort f
On assure qu'un dernier codicille, mais qui ne verra probablement jamais le jour, existe : dans celui-là, il donne à son oncle le cardinal Fesch la souveraineté de l'île de Corse. Cette disposition, en effet, ne pouvait être divulguée sans compromettre la valeur de toutes les autres et donner à penser que celui qui l'avait écrite avait l'esprit profondément troublé.
Le discours d'ouverture prononcé par le Roi devant les Chambres témoignait la confiance et la satisfaction. Après la vérification des pouvoirs, les députés constituèrent leur bureau. M. Ravez avait obtenu au premier tour de scrutin la majorité absolue des suffrages. Le choix du Roi s'arrêta sur lui. Les quatre autres candidats avaient été MM. de Villèle, de Corbière, de Bonald et de Vaublanc. Ainsi l'influence de la droite était dominante. M. Royer-CoUard avait été ballotté avec MM. de Villèle, de Corbière et de Vaublanc. Il avait même dans ce ballottage obtenu quatrevingt-huit voix et aurait eu la majorité si vingt billets blancs qui se trouvèrent dans l'urne avaient porté son nom. Or, ces billets blancs étaient, au su de tout le monde, ceux des députés ministériels placés sous l'influence de M. de Serre. Ce fut, aux yeux de M. Royer-CoUard, une insulte impardonnable. On avait fait arriver M. de Vaublanc, l'homme que le ministère, depuis la fin de 1816, avait constamment trouvé dans une opposition déclarée et dont le caractère et le talent devaient inspirer un profond dédain. On ne peut nier qu'en cette occasion M. de Serre n'ait fait une faute, il n'était pas raisonnable à lui d'intervenir contre un ancien ami.
Le choix des vice-présidents et des secrétaires manifesta encore davantage la puissance de la droite : MM. de Villèle, de Corbière, de Bonald et de Vaublanc furent nommés viceprésidents; les quatre secrétaires furent MM. de Béthîsy,
de Kergorlay, Cornet d'Incourt et de Castelbajac. Les deux derniers, surtout M. de Castelbajac, étaient air nombre des ennemis les plus déterminés du ministère. lien fut de même pour la commission chargée de rédiger l'adresse.
Nous étions informés parle président, M. Ravez, siégeant de droit dans la commission, des intentions hostiles qui y avaient prévalu. Une phrase sur les affaires étrangères, une autre sur les souffrances de l'agriculture, enfin une troisième qui donnait à entendre que la censure des journaux ne devait pas être maintenue, étaient évidemment les points sur lesquels la marche du ministère était critiquée et sur lesquels le combat allait se livrer. Si le ministère se décidait à relever le défi et k accepter la lutte, il y avait deux partis à prendre. On pouvait combattre le projet d'adresse dans son ensemble, démasquer les intentions qui l'avaient dicté et marcher avec assurance et fermeté; on réunirait peut-être autour de soi une majorité bien décidée qu'on pouvait conserver pendant le reste de la session. Si on ne se sentait pas la force de tenter une si haute entreprise, on pouvait se borner à demander la suppression ou le changement du passage relatif à la politique extérieure. Il était facile de montrer à quel point le soupçon qu'il contenait était tout à la fois gratuit et offensant pour la dignité royale. J'étais pour le premier parti, je croyais qu'un silence absolu serait préférable à une attaque incomplète. C'est dans cette pensée que j'avais préparé un discours dont je soumis les principaux arguments à M. de Serre. Je le trouvai, ainsi que le duc de Richelieu, opposé à tout débat un peu large. Il fallait éviter tout conflit, c'était le meilleur moyen de ramener les esprits sages et amis de la paix, qui formaient encore le plus grand nombre. L'un et l'autre étaient convaincus qu'en se bornant à attaquer le passage sur la politique extérieure, on ne pouvait manquer d'en obtenir le rejet, et que c'était un succès certain, qu*il ne fallait pas risquer de compromettre dans l'espoir d'en