DISCUSSION DE L'ADRESSE
obtenir un plus décisif. Je dus me soumettre, bien convaincu toutefois qu'une pareille attitude était malhabile.
Je me bornai donc à faire ressortir, dans la forme la plus modérée, ce qu'il y avait d'extraordinaire dans les paroles de méfiance qui, dans Tadresse, répondaient à la confiance que le Roi avait exprimée sur les relations amicales de la France avec les puissances étrangères. M. de Lalot me répondit avec sa violence accoutumée. M. de Serre, qui lui succéda à la tribune, s'attacha à établir que le droit de paix et de guerre appartenant au Roi, la Charte n'avait sur cette matière appelé l'intervention de la Chambre que dans deux cas, lorsqu'il y avait un acte diplomatique incriminé, ou quand les traités à conclure exigeaient pour leur exécution le concours du pouvoir législatif. On ne se trouvait ici dans l'un ni dans l'autre cas; le paragraphe devait donc être rejeté d'abord, parce qu'il n'était amené par rien, et ensuite parce qu'il était injurieux. A ce mot, il fut interrompu par de violents murmures, ce qui ne l'empêcha pas de poursuivre en ces termes : « Je ne crois pas que la commission « l'ait voulu, mais je soutiens que le paragraphe est inju- « rieux. Hé quoi! votre président irait dire au Roi face à « face que la Chambre a la juste confiance qu'il n'a pas « fait de lâchetés! » Et sur d'autres interruptions : « Je « vous le demande, Messieurs, si quelqu'un disait à l'un « de vous : J'ai la juste confiance que vous n'avez pas a fait une bassesse, ne se trouverait-il pas injurié? C'est, « je le répète, un outrage cruel. » Il termina au milieu du tumulte, en demandant la suppression du paragraphe. Ainsi, le collègue qui m'avait tant recommandé la mesure et la prudence, n'avait pas tardé à soulever toutes les colères.
Dans sa réplique, M. de La Bourdonnaye se fit l'interprète de tous les griefs de M. de Metternich, accusa le ministère de n'avoir pas réprimé, comme il le devait, le soulèvement des peuples contre les princes de la maison de Bourbon, d'avoir ainsi manqué à la Sainte-Alliance. C'était l'écho
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fidèle des plaintes de Laybach et de Vienne. Ensuite» on nous reprochait de ne pas nous prononcer dans les affaires d*Orient, contre les projets secrets de l'empereur de Russie. C'était le texte même des doléances parties du Hanovre et de Londres. Celles-là étaient spécialement dirigées contre M. de Richelieu, auquel on trouvait toujours bon d'imputer si injustement la complète sujétion aux volontés de la Russie. Un seul député osa nous défendre, ce fut M. Courvoisier. M. de Corcelle donna lecture d'un long discours qui n'était qu'une violente diatribe contre un gouvernement qui ne secondait pas les nobles efforts des peuples pour conquérir leur liberté; il fut interrompu par la gauche, qui craignait que sa violence ne vint gâter les affaires en provoquant quelque querelle avec la droite. Le général Foy fut plus habile et surtout plus modéré, parce qu'il était loin de croire qu'il fût sage à son parti de fournir à la droite le moyen de former une majorité contre le ministère. En prenant la parole, il avait cédé à une décision prise la veille dans un conciliabule tenu entre les chefs de gauche et ceux du centre gauche. Suivant sa conviction personnelle, il aurait fallu, au contraire, offrir un appui au ministère contre les violences de la droite et le mettre ainsi en mesure de résister désormais à ses exigences et de modifier lui-même ses alliances en se rapprochant des constitutionnels. Lé général avait soutenu cet avis, mais il n'avait pu le faire prévaloir. Ce fut M. Royer-CoUard, animé par son implacable colère contre M. de Serre, qui emporta la détermination.
Après un discours de M. Laine, M. de Serre fit une longue réplique; l'assemblée paraissait impatiente d'en finir, de toutes parts on demandait la clôture de la discussion; la suppression du paragraphe fut mise aux voix; les ministres, le centre, une grande partie du centre droit et une petite partie du centre gauche, se levèrent pour. A la contre-épreuve, elle fut repoussée par une majorité formée