‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 169 sur 275 · PRÉSENTATION DE L'ADRESSE · texte numérisé non relu

PRÉSENTATION DE L'ADRESSE

un brusque revirement pouvant nuire à la dignité royale; M. de Richelieu appuya cette observation qui, à son grand étonnement, ne parut faire aucune impression sur l'esprit du Roi, qu'elle avait cependant tiré de l'assoupissement où il paraissait plongé. Loin d'en paraître ébranlé, le Roi manifesta la plus ferme résolution de conserver ses ministres et déclara qu'il adoptait la réponse dont il se trouvait très satisfait. Tout étant convenu, le 30 novembre au soir, le Roi reçut l'adresse des mains du président, sans vouloir en entendre la lecture, et lui remit sa réponse. Quand elle fut connue du public, elle produisit la plus vive impression ; tout le monde applaudit à ces deux paragraphes : a Dans « l'exil et la persécution, j'ai soutenu mes droits, l'hon- « neur de ma race et celui du nom français; sur le trône, « entouré de mon peuple, je m'indigne à la seule pensée « que je puisse jamais sacrifier l'honneur de la nation et la (I dignité de ma couronne. J'aime à croire que la plupart « de ceux qui ont voté cette adresse n'en ont pas pesé « toutes les expressions. S'ils avaient eu le temps de les « apprécier, ils n'eussent pas souffert une supposition que « coname Roi je ne dois pas caractériser, que comme père « je voudrais oublier. »

On aimait à voir dans cette fermeté de langage un engagement pris de ne pas se laisser dicter la loi par quelques hommes qui, dans les petits intérêts de leur ambition, ne craignaient pas de remettre en question la tranquillité de leur pays et la prospérité dont il commençait à jouir (1). Pour mettre à profit ces dispositions favorables, il eût fallu une grande union dans le cabinet. Il en était tout autrement; on mettait chaque jour en œuvre tous les moyens

(4) On a su depuis avec certitude que M. deVillèle, consterné, avait fait une scène très vive à M. Bertin de Vaux, principal promoteur de la fanaeuse phrase de l'adresse, et lui avait dit ces propres paroles : c C'est une imprudence folle, vous avez consolidé le ministère pour le reste du règne. »

(l'exciter les défiances et les jalousies parmi ceux qu'on voulait à tout prix renverser.

M. de Serre avait été averti par les amis les plus intimes de Monsieur qu'il fallait obtenir ma retraite. M. Laine, préoccupé avant tout de la nécessité de conserver M. de Richelieu, partageait l'opinion de M. de Serre. Le garde des sceaux vint me trouver; il s'étendit, comme de raison, sur Tinqualifiable injustice du parti royaliste, mais il me dit, non sans embarras, qu'il y avait des circonstances où un patriotisme éclairé devait savoir ployer devant de telles injustices et attendre d'un meilleur avenir l'équitable jugement qu'il ne pouvait manquer d'obtenir. « Vous ne pouvez « pas supposer, lui répondis-je, que l'idée de me retirer des « affaires ait quelque chose de pénible pour moi. Vous ne « pouvez avoir oublié tous les efforts que j'ai faits à la fin « de l'été pour forcer le duc de Richelieu à consentir à mon « éloignement. Je lui disais alors, ce qui se vérifie en ce « moment, que ce serait par moi que commencerait Tat- « taque contre son ministère, et qu'il fallait ôter ce prétexte « aux malveillants, alors il n'a pas voulu me croire; aujour- (( d'hui, êtes-vous bien silr que ce que je provoquais il y a « quatre mois soit aussi facile à exécuter et présente les « mêmes avantages? La lutte est engagée, il est fort dou- « teux qu'un acte de condescendance soit propre à désar- « mer des assaillants si décidés. Pour moi personnellece ment, il est très différent de me retirer spontanément « comme j'offrais de le faire cet été, ou d'avoir l'air de fuir « devant d'odieuses imputations que vous-même ne m'avez « pas permis de réfuter. Je demande jusqu'à demain pour « réfléchir. »

Le lendemain matin j'écrivis à M. de Serre : « Tout bien « pesé, la retraite est ce qui me convient le mieux. Il y a « longtemps que j'eusse pris ce parti sans la crainte d'enci traîner la dissolution du ministère et surtout la démission « du duc de Richelieu. C'est encore dans ce moment la

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