RÉFUTATION DU DROIT D'INTERVENTION
Meiternich, dans laquelle était affirmé le droit qu'avait chaque Ëtat d'opérer dans sa constitution intérieure, et sans nul contrôle extérieur, toute modification qui pourrait lui convenir. Jusque-là, rien de mieux; mais le principe était poussé jusqu'au point de reconnaître à tout peuple le droit de mettre son roi en jugement. L'irritation de lord Gastlereagh était grande sans doute dans le moment où il dictait une pareille pièce; à la vérité elle devait être déchirée après communication faite. Les ministres russes n'en eurent jamais connaissance. Quant au refus fait par le cabinet de Londres d'accepter à un degré quelconque ce que contenait le protocole, il fut rendu public au moyen d'une dépêche adressée à tous les ministres de Sa Majesté Britannique en pays étranger, qu'ils eurent ordre de communiquer le plus tôt possible.
M. de M etternich ayant jugé à propos de faire connaître officiellement à toutes les cours d'Italie l'acquiescement des trois puissances aux termes du protocole (1), le cabinet français ne pouvait plus longtemps garder le silence. Je préparai donc une note destinée à être lue au congrès. Au reçu du protocole, j'avais mis en marge des observations très nettes, contenant la réfutation de la doctrine nouvelle, faisant toucher du doigt les dangers de ce prétendu droit d'intervention dans les affaires intérieures des États qu'on
(4) Ce procédé de M. de Mettemich était certainement le plus insolite et le plus choquant que se fût jamais permis aucun ministre européen. Il caractérise dune manière toute particulière la confiance dont devait être animé celui qui se le permettait. On ne le peut expliquer que par la certitude de l'accord qui, sur le fond des choses, existait entre lui et le ministère anglais. Comment concevoir autrement que, dans un moment où les cinq plus grandes puissances de l'Europe étaient liées par une alliance intime, lorsqu'un acte convenu, rédigé, signé par trois d'entre elles était proposé à l'adoption et À la signature des deux autres, lorsque cet acte ne pouvait évidemment avoir de valeur réelle que par le consentement demandé aux deux puissances non encore signataires, on se permit avant d'avoir leur réponse, avant même d'en avoir le plus léger indice, de donner communication de cette pièce aux cabinets sur lesquels elle devait produire le plus d'effet, k ceux dont elle devait en quelque sorte décider et fixer le sort?
prétendait installer. Cette réfutation avait été mise sous les yeux du Roi et lue en conseil des ministres. Sa Majesté l'avait trouvée sans réplique, et elle avait porté la conviction dans l'esprit du conseil. Il avait donc été convenu qu'elle servirait de texte à la note officielle qu'il fallait envoyer à Troppau. On décida que dans la rédaction définitive on adoucirait ce qui pourrait froisser les opinions contraires et déplaire particulièrement au czar et à M. de Capo d'Istria. On croyait savoir que ce dernier avait tenu la plume pour la rédaction du protocole. La note fut rédigée dans cet esprit de prudence et de modération. On faisait ressortir pour la France le danger des déclarations trop générales, dont Tapplication ne pouvait se poursuivre dans des pays différents. Pouvait-on agir en Espagne comme on agissait à Naples? Si la France, en effet, adoptait la doctrine consignée dans le protocole, cette adoption une fois connue équivaudrait presque de sa part à une déclaration de guerre contre la péninsule Espagnole. Et cependant était-il possible de supposer qu'elle pût et dût doraier la moindre suite à cette déclaration? Alors la doctrine serait donc, de toute nécessité, sinon abandonnée, du moins mise hors de pratique dès le premier pas, et cela arriverait dans la plus importante de toutes les occasions. Laissant donc de côté ces doctrines dont l'application était impossible dans l'Europe entière et qui soulèveraient en France les polémiques les plus fâcheuses, nous faisions ressortir l'empressement avec lequel le roi de France avait saisi la seule occasion qui lui eût été offerte de s'unir à ses alliés. Il avait sans hésiter écrit au roi de Naples pour lui démontrer, dans son intérêt et dans celui de ses peuples, les avantages de la proposition qui lui était faite de se rendre à Laybach. Nous n'avions pu toutefois dissimuler qu'on se croyait en droit d'espérer que les conférences indiquées dans cette ville auraient pour résultat de concilier les droits du souverain de Naples avec l'établissement