‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 171 sur 275 · PROJET DE RETRAITE DE M. PASQUIER · texte numérisé non relu

PROJET DE RETRAITE DE M. PASQUIER

« affaires étrangères. Vous pouvez donc conserver au Roi « une administration qui sera vôtre et lui épargner les em- « barras où le mettrait la dissolution du ministère actuel ; « c'est ce qu'il faut par-dessus tout éviter. Je n'écrirai au « Roi que quand je serai convenu avec vous du moment le « plus opportun. Quoique je vous quitte de ma personne, « soyez sûr que je vous reste de cœur et vous resterai tou- « jours. »

M. de Rayneval, en remettant cette lettre au duc, avait mission de calmer d'abord sa colère, très vive contre moi, de ne rien négliger pour lui faire comprendre que je cédais à une nécessité absolue, enfin de lui apprendre, si cela était nécessaire, la part que MM. de Serre et Laine avaient dans ma résolution et d'en tirer la conséquence qu'un ministère dans lequel deux des hommes les plus importants avaient exprimé un tel désir à l'un de leurs collègues, ne pouvait plus réellement exister avec le collègue dont la présence serait un sujet perpétuel d'inquiétude et de malaise; que d'ailleurs il se trouverait lui-même dans une position tellement fausse que tous ses moyens en seraient paralysés. M. de Rayneval fut en effet obligé d'arriver fort promptement à ce dernier aveu, comme au seul moyen qui fût capable d'apaiser M. de Richelieu. Il m'accusait de l'abandonner indignement, il aurait volontiers dit avec lâcheté. Sans discuter davantage, le président du conseil se rendit chez M. de Serre, ma lettre à la main. « Lisez cette lettre, a lui dit-il en entrant, et comprenez si vous le pouvez que « dans un pareil moment on pense à m'abandonner. Je « viens de répondre à M. Pasquier que s'il envoyait sa « démission au Roi, la mienne suivrait immédiatement. » M. de Serre le voyait si animé qu'il n'osa rien répliquer, et tout en resta là. C'était deux heures après cette scène qu'eut lieu, chez le Roi, le conseil dont j'ai rendu compte. On doit mieux comprendre l'observation que j'avais cru devoir présenter.

Les deux jours qui suivirent celui où la réponse du Roi fut connue furent deux jours de répit, presque d'espérance. Beaucoup de personnes, ainsi que nous l'avons déjà dit, aimaient à croire que Forage allait se dissiper et que l'alliance qui avait pu exister un moment entre la droite et la gauche devait tomber d'elle-même devant l'expression du mécontentement royal soutenu par l'assentiment public. Le duc de Richelieu se laissait aller à cette illusion. Elle ne devait pas être de longue durée.

M. de Serre déposa les projets de loi sur la presse et sur la censure. Il déploya de la manière la plus brillante les motifs des deux projets. Ses adversaires les plus déclarés ont été contraints d'avouer que jamais son talent n'avait eu plus de profondeur et d'éclat, mais toute son habileté ne pouvait empêcher que la demande de la censure pour cinq ans ne fût au moins inopportune. Elle fut reçue par la coalition avec les signes les plus marqués de désapprobation. Sans attendre que la discussion pût avoir lieu sur ce sujet, M. de Lalot engagea la bataille sur les pétitions. Il parla avec sa violence habituelle, accumulant contre les ministres les plus injurieuses imputations. Le général Donnadieu y ajouta la proposition formelle de la mise en accusation de tous les ministres. Malgré tous ses efforts, soutenus par ceux de M. de La Bourdonnaye et de quelques autres de ses amis, il ne put parvenir à se faire entendre. Le président rappela avec fermeté que le règlement prescrivait les formes dans lesquelles toute proposition devait être introduite, que le général devait les respecter. On passa à l'ordre du jour, el la séance fut levée au milieu d'une très vive agitation. Le lendemain, le général Donnadieu fit imprimer et répandre dans tout Paris le discours qu'on ne lui avait pas laissé prononcer. Il était principalement dirigé contre M. de Richelieu et avait été communiqué à l'ambassadeur d'Angleterre. Les intelligences que le ministère avait dans l'intérieur de cette ambassade ne lui ont permis aucun doute à cet égard.

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