‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 172 sur 275 · ATTAQUES CONTRE M. DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

ATTAQUES CONTRE M. DE RICHELIEU

Il signalait comme Tauteur de tous les maux qui avaient affligé le pays l'homme dont la main a signé le traité du 20 novembre I « Il ne m'appartient pas de vous nommer cet « homme, qui n'est pas rentré en France à la suite de son Cl Roi, qu'il avait abandonné dans ses infortunes, mais « comme général, comme sujet d'un prince étranger. C'est « à vous à juger si depuis sept ans qu'il est à la tète de nos « affaires, il a bien rempli les intentions de l'étranger. C'est « par lui que la Russie nous impose ses grains, l'Allemagne « son bétail pour approvisionner nos marchés, les Paysci Bas leurs toiles, et incessamment sans doute l'Angleterre (X ses tissus t »

Ces odieuses accusations étaient la paraphrase d'une phrase de M. de Talleyrand : « Que peut-on espérer, avait- « il dit, d'un ministre qui pour se décider est toujours obligé « d'attendre un courrier de Saint-Pétersbourg? »

Le reproche de « n'être pas rentré dans son pays à côté « du Roi et de l'avoir abandonné dans ses infortunes » avait été inspiré par d'autres rancunes. Une des faiblesses les plus ordinaires des princes est de considérer comme plus important que le reste les services et les soins rendus à leurs personnes. Le duc de Richelieu était avant la Révolutijon l'un des premiers gentilshommes de la chambre, pendant toute l'émigration il n'avait pas demandé une seule fois à venir faire auprès du Roi le service de sa charge. Quant à toutes les autres occasions qui s'étaient présentées de servir son souverain, il n'en avait négligé aucune et s'était employé fort activement, soit dans les premières campagnes de 1792, 1793 et 1794, soit dans les négociations avec les cours de Vienne et de Russie. Après s'être acquitté de ces devoirs, il avait trouvé plus digne de lui de chercher par son courage et son activité à se créer dans un grand empire une existence indépendante digne de son nom, au lieu de passer les plus belles années de sa vie dans les inutiles intrigues de la cour de Vérone, de Mittau et de

Hartwell. La suite a bien justiflé sa prévoyance; il avait pensé qu'un jour peut-être Tautorité et la considération acquises lui permettraient d'être utile à son pays et à son roi. Louis XVIII, les princes du sang, les personnes de leur intimité, ne lui ont jamais pardonné cette noble conduite. M. de Richelieu était devenu pour eux un étranger; quand la force des choses Favait, à la fln de 1815, appelé à la tête des affaires, il est certain que le Roi l'avait accepté comme un choix de nécessité et de convenance, mais non d'inclination et de goût. On l'avait préféré à M. de Talleyrand, voilà tout. Il aurait pu, avec un peu de souplesse dans l'esprit et les manières, regagner assez promptemeot le terrain perdu-, mais c'était précisément la qualité qui lui manquait. La droiture de son sens et de son caractère n'était pas exempte de raideur. Jamais ministre n'eut moins que lui les qualités de courtisan. L'homme nécessaire n'avait jamais pu devenir l'homme agréable. On voit donc à quelle source le général Donnadieu avait été puiser ses inspirations. L'attaque cependant était si odieuse, qu'elle fut loin d'être approuvée par ime partie de ceux qu'elle avait l'intontion de satisfaire.

Comme je l'ai déjà dit, M. de Villèle et tous les hommes qui se rattachaient à lui, ceux dont il était véritablement l'oracle, ne voulaient pas l'éloignement de M. de Richelieu. Loin de là, une fois débarrassés de MM. Siméon, Mounier, de Latour-Maubourg et de moi, ils auraient été charmés de le conserver à leur tête et de se faire un rempart du prestige de son nom. Franchement ils ne savaient trop comment ils formeraient sans lui un ministère; la publication du discours du général Donnadieu leur parut donc une grande faute, un vrai malheur, ils en gémirent assez hautement; mais il en était tout autrement chez Monsieur, dans la cabale qui le gouvernait, chez M. de Talleyrand et dans le parti Ubéral.

J'ai toujours pensé que les attaques si vives contre ma

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