ATTAQUES CONTRE M. DE RICHELIEU
personne n'étaient qu'un moyen détourné d'atteindre le duc de Richelieu, que ceux-là qui n'osaient l'attaquer en face espéraient ainsi le forcer à quitter le pouvoir. De la part des puissances étrangères, de l'Angleterre surtout, qui redoutait les sympathies du président du conseil pour l'alliance russe, rien n'était épargné. On pensait qu'au point où en étaient venues les choses, il se retirerait lui-même plutôt que de consentir à sacrifier un collègue que la violence et l'injustice des partis voulaient lui arracher. On comptait aussi sur l'irritabilité qu'on avait remarquée dans son caractère, notamment à la fin de 1818, lors de sa lutte avec M. Decazes. En déchaînant contre lui le général Donnadieu, on s'était donc flatté que, révolté de tant de mauvaise foi, il abandonnerait un poste où il était en butte à d'indignes procédés. On s'était trompé dans ce dernier calcul; ses dispositions étaient alors toutes différentes de celles de 1818. N'aspirant à cette époque qu'à sortir des affaires, croyant sa tâche accomplie par l'évacuation du territoire, il s'était jeté avec empressement vers la porte qui lui était ouverte, pour rentrer dans la vie privée, mais il avait depuis vu les conséquences de cette résolution. Replacé malgré lui à la tête du gouvernement, après la mort du duc de Berry, il s'était dit que puisque sa destinée l'avait condamné à rentrer dans une carrière de labeurs et de tourments, il n'en sortirait plus, de son consentement, qu'après avoir rétabli l'ordre en France et assuré la marche du gouvernement constitutionnel. Il se flattait avec raison d'avoir beaucoup fait depuis deux ans pour atteindre ce but et ne voulait pas laisser son ouvrage imparfait ; il était donc résolu à tenir bon tant qu'il ne faudrait pas acheter le maintien de son existence ministérielle par quelque faiblesse indigne de lui. Le pamphlet de M. le général Donnadieu ne lui inspira qu'un profond dégoût et resta sans influence sur ses déterminations.
Pendant ce temps on se consumait, dans l'intérieur du
raioistère, en conjectures, en pourparlers, en vâins entreliens. Portai, Siraëon et moi, qui savions que nous étions plus particulièrement visés que les autres, qu'on voulait traiter dessous^ suivant l'expression de M. Laborie, nous nous tenions dans une réserve que la délicatesse nous commandait. M. Laine était tombé dans un découragement absolu; M. de Serre poursuivait toujours sa chimère d'un arrangement avec les royalistes. M. de Richelieu temporisait. Je lui étais trop attaché pour ne pas lui dire toute la vérité, alors même que je me taisais avec mes autres collègues. Je lui remis une note très détaillée, dans laquelle j'examinais toutes les hypothèses : conser\'alion intégrale du ministère, changement radical, combinaisons pouvant nous remplacer, conservation ou dissolution de la Chambre des députés, etc. J'insistais sur la difficulté, avec la Chambre telle qu'elle était organisée, de garder le ministère tout entier. J'ajoutais qu'il ne serait peut-être pas impossible de faire coïncider utilement les deux mesures de la dissolution et d'une modification dans le ministère. Quel que fût le parti qu'il adoptât, il ne pouvait rester plus longtemps inactif. La situation devenait intolérable, a Vous avez exigé tt de moi, lui dis-je, de ne pas assister à la dernière séance « de la Chambre des députés, croyez-vous donc que je « puisse, sans me donner les apparences d'une faiblesse « qu'on pourrait qualifier de lâcheté, persister dans un tel « abandon de ma propre défense? Pendant deux ans je n'ai (c pas quitté un jour le banc des ministres, je cesserais d'y « paraître alors que je suis l'objet de toutes les attaques! « Pensez-y, votre délicatesse ne peut exiger de moi la con- « tinuation d'un tel sacrifice. »
M. de Richelieu en convint et me promit qu'un parti serait pris avant peu de temps, que chacun serait fixé alors sur le rôle qu'il avait à jouer. La vérité était que le président du conseil commençait à remarquer dans ses entretiens avec le Roi une grande froideur, de l'embarras, et