ATTAQUES CONTRE M. PASQUIER
qu'il était fondé à croire que déjà Sa Majesté avait fait beaucoup do chemin depuis le jour où elle avait exprimé une si ferme résolution de conserver le ministère.
Pour obéir aux pressantes sollicitations du duc de Riche* lieu, je n'assistai pas à la séance de la Chambre des députés; je l'ai toujours regretté. Mes ennemis devaient abuser de mon absence et renouveler leurs attaques. Cette fois, ce fut M. de Castelbajac qui se chargea d'exprimer les méfiances de la droite; après lui M. de Salaberry me prit plus spécialement à partie. Il m'accusa d'avoir jeté le gant à la monarchie constitutionnelle, d'avoir porté les mains sur le palladium des libertés publiques; enfin d'avoir éloigné le Roi de ses meilleurs amis, tout cela pour rester au timon de l'État! Le devoir de tous les députés royalistes était de m'arracher le masque, de signaler mes intentions criminelles et celles de tels et tels ministres mes consorts t « Ce « n'est pas la Charte qui nous régira désormais, c'est le « joug de l'arbitraire et du patronage qu'il nous faudra « subir, sous le ministre des affaires étrangères et ses « affranchis. »
Quand, à distance, on relit de pareilles invectives, d'aussi ridicules lieux communs, on s'étonne qu'ils aient été supportés par une Chambre française, et on comprend qu'il ait fallu faire effort pour s'abaisser à les repousser. M. de Serre crut devoir le faire. « Je ne prétends pas, dit-il, dis- « cuter tout le discours du préopinant; je ne l'ai ni compris « ni même entendu dans son entier ; ce que j'ai pu saisir, « c'est qu'il dirigeait toutes ses colères contre un ou deux de « mes collègues exclusivement. Le seul nom que je lui ai « entendu prononcer est celui du ministre des affaires étran- « gères contre lequel il s'est surtout élevé. » M. de Salaberry l'interrompit : « Je n'ai pas parlé de vous, mon- « sieur. » « Je suis seul au banc des ministres, reprit M. de « Serre, et il était difficile de prévoir qu'à propos du rap- 0 port des pétitions on susciterait des débats si étrangers
a au sujet de ce rapport. Mais je déclare hardiment, tant (( en mon nom qu'en celui de ceux de mes collègues que « Ton voudrait excepter de ces attaques, qu'il nous est « impossible d'accepter pour aucun de nous de telles disc( tinctions, de telles exceptions. Par cela seul que des « ministres siègent dans le même conseil, ils participent à
« toutes les résolutions adoptées par ce conseil Je
« réclame donc une accusation commune à tous, comme c< l'est la responsabilité; mais une accusation portant sur « des faits clairement articulés, et non sur de vaines décla- « mations. »
M. de Chauvelin vint s'associer aux efforts de la droite et montrer que la gauche marchait d'accord avec elle. Malgré l'avis de M. de Serre, la pétition fut renvoyée au président du conseil; contre son avis aussi, dans la même séance, on donna la priorité à la loi sur la censure. Quand, deux jours plus tard, on choisit les commissaires, ils furent tous pris parmi les adversaires connus de la proposition, et pour que rien ne manquât au triomphe de la coalition, la commission, s'étant assemblée dès le lendemain matin, nomma pour rapporteur M. de Vaublanc, dont on peut se rappeler le rapport si hostile dans la précédente session.
Le duc de Richelieu comprit qu'il fallait enfin prendre un parti. Le 10, il eut avec le Roi une explication plus nette et plus sérieuse que les précédentes. Il acquit bien vite la conviction que Sa Majesté était tout à fait familiarisée avec l'idée de changer son ministère ; que cette hypothèse lui plaisait infiniment plus que celle d'une dissolution dont il redoutait les conséquences. Sa pensée ne s'arrêtait pas à un changement partiel, et le maintien du duc de Richelieu à la tète du cabinet ne lui semblait plus chose de grande importance. Il mit au contraire le plus grand soin à démontrer à M. de Richelieu, par beaucoup d'exemples de ce qui se passait en Angleterre, que lorsqu'un ministère se retirait, il devait se retirer tout entier. Il y avait loin de ce langage