COMPOSITION DU NOUVEAU MINISTÈRE
a de VOS collègues serait une faiblesse indigne de vous. » Tout n'était pas fini pour nous; suivant l'usage jusque-là établi, le Roi voulait avoir l'avis du ministère sortant sur la composition de l'administration qui allait le remplacer. Le duc de Richelieu étant souflfrant, je fus chargé par lui de remettre à Sa Majesté une liste sur laquelle figuraient : M. de Blacas aux affaires étrangères, M. de Villèle à l'intérieur, M. de Corbière à l'instruction publique et aux cultes, M. de Chabrol aux finances, M. de Clermonl^Tonnerre à la marine, le duc de Bellune à la guerre, M. de Pastoret à la justice. « Dites au duc que c'est très bien, me répondit le « Roi, mais qu'il faut que je montre cela à mon frère. Dites « aussi au duc que je voudrais qu'il pût venir me voir après « mon dîner. » M. de Richelieu se rendit à cet ordre. Le Roi le remercia et lui dit que son frère lui avait demandé la permission de communiquer la liste à MM. de Villèle et de Corbière. Le soir. Monsieur revint avec ces messieurs, qui déclarèrent qu'ils avaient beaucoup d'objections à présenter. M. de Blacas était mal vu du Prince, qui l'avait toujours trouvé trop exclusivement dévoué au Roi et fort opposé à certains envahissements sur l'autorité souveraine. M. de Blacas fut écarté, Mme du Cayla ne lui avait pas été moins contraire que Monsieur. Les noms de MM. de Pastoret et de Chabrol furent également écartés ; on espérait encore obtenir le concours de M. de Serre et de M, Roy. Les plus grands efforts furent tentés dans les journées du 13 et du 14 par Monsieur. Tout fut inutile, l'un et l'autre refusèrent de se séparer de leurs collègues. Enfin, le 15 décembre, on vit paraître dans le Moniteur l'ordonnance qui constituait le nouveau ministère. Elle était contresignée par M. de Lauriston. M. de Villèle était ministre des finances; M. de Montmorency, des affaires étrangères; M. dePeyronnet, de la justice; M. de Corbière, de l'intérieur; le duc de Bellune, de la guerre; M. de Clermont-Tonnerre, de la marine. Il n'y avait pas de président du conseil.
Le Roi était dans une telle impatience de voir cette affaire conclue, que deux fois dans la journée du 14 il fit demander à M. de Richelieu, auquel il avait remis à cinq heures la liste de ce ministère telle qu'elle venait d'être arrêtée entre lui et son frère, de lui envoyer l'ordonnance rédigée et prête à signer. M. de Richelieu, qui ne s'était pas attendu à ce que ce soin reposât sur lui, se hâta de s'en acquitter, et le Roi eut la satisfaction de voir tout terminé avant son coucher.
Par diverses ordonnances datées du 13, MM. de Serre, Siméon, de Latour-Maubourg et Portai étaient, suivant l'usage, nommés ministres d'État, MM. Roy et Portai étaient élevés à la pairie ; ce n'était point pour eux une grâce nouvelle, car l'un et l'autre avaient dans leur portefeuille, depuis la fin du ministère Decazes, une ordonnance qui la leur accordait. M. de Latour-Maubourg était nommé gouverneur des Invalides ; de longs et honorables services lui donnaient tous les droits à cette place (1).
Il ne faut pas croire que la joie du triomphe fut très bruyante, les vainqueurs semblaient assez embarrassés de leur succès. A la cour même, le duc de Richelieu et ses collègues avaient été l'objet d'une très vive sympathie. M. le duc d'Angouléme ne la dissimulait pas plus que Madame, qui n'avait pas pu pardonner l'adresse si peu respectueuse qui avait amené la crise. Le corps diplomatique avait tenu à dire au président du conseil et à moi ses regrets. Malgré tous ces témoignages si précieux, M. de Richelieu
(i) M. Portails retourna & la Cour de cassation et au Conseil d*État, M. Mounier reprit la direction de l'intendance des bâtiments de la couronne. L'un et l'autre étaient déjà pairs. M. de Rajneval avait été nommé deux jours avant ministre du Roi à Berlin. Cette situation, restée vacante depuis la démission de M. de Chateaubriand, ne pouvait être mieux remplie. J'avais tenu avant de me retirer à assurer le sort d'un homme de grand mérite qui avait rendu depuis plusieurs années de signalés services, et que je ne voulais pas laisser à la merci des préventions que pouvait soulever contre lui la conûance même dont il avait été jusqu'alors investi.