‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 180 sur 275 · ÉLOGE DE M. DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE M. DE RICHELIEU

« d'accompagner pendant une carrière semée de tant d'éi preuves, a droit à des regrets universels ; ils ne lui seront « pas refusés, la France n'est pas la terre de l'ingratitude. » Le rédacteur ne crut pas pouvoir imprimer cet article sans le consentement des nunistres. Us n'eurent pas honte de le supprimer; pendant longtemps cette rigoureuse consigne fut maintenue, et la presse surveillée. Heureusement on fut impuissant dans deux occasions solennelles. L'usage voulait que le duc de Richelieu fût loué à la Chambre des pairs et à l'Académie française. A la Chambre, le cardinal de Bausset s'acquitta de ce devoir avec toute l'effusion de son cœur, la sincérité de son âme et le charme de son talent. Son discours peut être considéré comme un modèle du genre, tout y est vrai, profondément senti. Il me l'avait communiqué, et nous avons fait ensemble quelques légères modifications, poussant jusqu'au scrupule le désir de ne choquer aucune susceptibilité. Lorsque le discours fut lu par M. de Pastoret, le cardinal ne pouvant quitter sa chambre, il fit sur l'assemblée la plus vive impression, mais aussi il consterna le ministère, qui envoya message sur message, faisant les plus grandes instances auprès du cardinal pour obtenir de lui le retranchement, à l'impression, de quelques phrases trouvées trop laudatives. M. de Doudeauville fut un des plus actifs dans cette étrange négociation. Le cardinal refusa; la rancune du parti alla contre lui jusqu'à ce point que plus de six mois après, un évéquc nouvellement nommé étant venu à Paris et ayant eu occasion de visiter M. Frayssinous, il lui demanda s'il y avait longtemps qu'il n'avait vu le cardinal, leur ami commun : a Oui^ répondit M. Frayssinous, il y a assez longtemps : il « s'est fait tant de tort par son éloge du duc de Richelieu. » Je tiens le fait du cardinal, auquel l'évéque indigné n'avait pu s'empêcher de le révéler. On peut se rappeler que M. Frayssinous devait au duc de Richelieu sa place de premier aumônier et l'évêché in partibus d'Hermopolis. Il est

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vrai que depuis M. de Yillèle l'avait fait grand maître de rUniversité.

A FAcadémie française, le récipiendaire, M. Dacier, Tun des plus respectables doyens de la science et des lettres, s'acquitta plus tard fort noblement du devoir de payer à celui auquel il succédait le tribut d'éloge accoutumé. La réponse fut faite par M. Villemain en qualité de directeur de l'Académie. Cette réponse fut regardée comme un chefd'œuvre de convenance et de bon goût; la louange y était rehaussée par tout le charme que peut donner à ce qu'il produit l'un des talents les plus purs, les plus brillants dont se puisse honorer la littérature française. M. Villemain, jeune, sans fortune, ayant par conséquent beaucoup de ménagements à garder, avait dans sa franchise plus de mérite que M. Dacier, aussi lui fit-elle un honneur infini. C'est la dernière voix qui se soit fait entendre pour célébrer une mémoire que le temps, nous en sommes convaincu, ne peut manquer de grandir.

A l'étranger, les témoignages de regret, d'estime, d'admiration furent unanimes. Le plus touchant de tous fut celui que l'empereur Alexandre adressa à la duchesse de Richelieu : « Je pleure le duc de Richelieu comme le seul ami qui m'ait fait entendre la vérité. »

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