CHAPITRE XVI
M. de Villèle aux affaires. — Mouvement dans le personnel administratif. — Abandon du projet de loi de censure. — Lois sur la répression des délits de presse et sur la police de la presse périodique. — Rupture de M. Pasquier avec M. de Villèle. — Clôture de la session. — Conspiration du général Berton & Saumur. — Arrestation des quatre sergents de la Rochelle. — Troubles à l'église des Petits- Pères et k Saint-Eustache. — Incendies dans les provinces. — Élections partielles de 4822; elles sont favorables & la gauche. — Procès du général Berton ; accusation portée par le procureur général Mangin contre plusieurs députés; entraves apportées à la défense des accusés. — Procès des quatre sergents de la Rochelle. — Conjuration de Colmar; arrestation du colonel Caron. — Mouvement préfectoral. — M. de Villèle prend la présidence du conseil.
Le ministère que la coalition avait porté au pouvoir ne devait, dans l'opinion des membres de la gauche, durer que six mois. Il a duré six ans. Il n'y eut pas d'abord de président du conseil; M. de Villèle prit le portefeuille des iSnances, et tous les ministres siégeaient à des titres égaux en apparence, mais personne ne doutait que M. de Villèle dût exercer la première influence. Il avait plus de talent qu'aucun de ses collègues, il possédait à un plus haut degré la confiance de l'héritier présomptif du trône, du prince qui avait décidé la dernière modification ministérielle; par l'intermédiaire de M. Sosthènes de La Rochefoucauld, son intimité avec Mme du Cayla, toute-puissante sur l'esprit du Roi, était parfaitement établie. Tous les regards se portèrent sur lui, toutes les ambitions s'adressèrent à lui. Ainsi que son collègue M. de Corbière, la fortune de M. de Villèle était tellement l'œuvre d'un parti, qu'il lui était très difficile d'échapper aux exigences de
ceux qui l'avaient porté au pouvoir. Il sentait toutefois qu'il était dangereux de tout bouleverser dans toutes les branches de l'administration publique, de remplacer les hommes expérimentés par des incapacités, et de braver ouvertement les haines soulevées par les nombreuses destitutions demandées par ses amis. Il essaya de leur faire comprendre qu'un peu de patience était nécessaire, qu il ne fallait pas tout faire à la fois, qu'il fallait savoir se contenter des premières satisfactions et les accepter comme un gage de celles qui ne tarderaient pas à suivre.
Parmi les hauts fonctionnaires, M. le duc Decazes fut remplacé à l'ambassade de Londres par M. de Chateaubriand; M. le duc de Laval, dernier ambassadeur à Madrid, par M. de Bonald. Le duc de Doudeauville eut la direction générale des postes, qu'on retira à M. de Mézy. C'était une. situation délicate à cause du devoir, toujours pénible, de faire ouvrir les correspondances privées; ce qui fit dire au duc de Liancourt : « J'aimais encore mieux « le temps où mes ancêtres ne savaient pas lire. »
Pour les places de directeur général de la police au ministère de l'intérieur et de préfet de police à Paris, M. de Villèle eut la main forcée et se laissa imposer deux hommes destinés à lui causer bien des embarras. Il n'était nullement dévot, redoutait l'intervention des prêtres dont il connaissait l'esprit envahissant dans les affaires publiques; cependant il accepta M. Franchet et M. Delavau, tous les deux membres des plus ardents de la Congrégation, désignés par son collègue M. Mathieu de Montmorency. M. Franchet eut la direction générale de la police, et la préfecture de police fut confiée à M. Delavau. Puis vinrent les modifications inévitables dans les préfectures, au conseil d'État, etc.
La session était commencée, on était d'accord pour laisser aux ministres le temps de se mettre au courant des affaires et n'exiger d'eux que les actes législatifs indispen-