CONSPIRATIONS MILITAIRES
rétablissement d'un gouvernement provisoire, dont faisaient partie MM. de La Fayette, Foy, de Kératry, Benjamin Constant, Manuel et Laffitte. La bande fut bientôt dispersée par la garde nationale et les élèves de FÉcole de cavalerie. Beaucoup de personnes furent arrêtées dans les jours suivants, à Saumur, à Thouars et dans les environs. Plusieurs des plus compromis parvinrent à gagner la côte et s'embarquèrent, à ce qu'on crut, pour l'Espagne. Quant à Berton, il erra pendant deux mois, sous divers déguisements, dans les départements des Deux-Sèvres, de la Charente-Inférieure et de Maine-et-Loire. Nous reparlerons de cette affaire au moment où Berton fut saisi et livré à la justice. Ces tentatives étaient folles, elles n'ont jamais eu la moindre chance de succès et ne firent courir aucun danger sérieux au gouvernement. En dernier résultat, cette malencontreuse entreprise pouvait être considérée comme une expérience faite au profit du gouvernement; elle démontrait l'impuissance du parti dont l'inimitié pour le trône était si follement avouée.
Un mois plus tard, l'organisation d'une vente fut signalée dans le 45* régiment de ligne. A son arrivée à la Rochelle, on opéra l'arrestation d'un certain nombre de sous-officiers, considérés comme chefs et promoteurs de l'association. On saisit sur eux des poignards et des pièces qui ne pouvaient laisser aucun doute sur leur affiliation aux sociétés secrètes. Les principaux d'entre eux étaient Bories, Goubin, Pommier et Raoulx. Leur procès devait se juger à la Rochelle, mais il fut évoqué devant la cour royale de Paris, en vertu d'un réquisitoire dans lequel le procureur général Bellart signalait la connexité de cette affaire avec une conspiration permanente dont le foyer était dans la capitale. Ce procès ne fut jugé qu'au mois de septembre. [1 entraîna la condamnation à mort de plusieurs des accusés.
Ces différents complots laissèrent l'opinion froide et
indifférente ; Paris était beaucoup plus occupé des rassemblements tumultueux causés par la mission prèchée dans l'église des Petits-Pères et dans Saint-Eustache. Les missionnaires, déjà difficiles à retenir sous le ministère précédent, ne pouvaient manquer sous celui de M. de Yillèle de se donner carrière. La jeunesse leur était peu favorable, ces sentiments se manifestèrent avec éclat. Les prédications se faisaient toujours la nuit, cela prétait souvent au ridicule et aux malignes interprétations. On voulut les interrompre; les prédicateurs furent hués et insultés. La police fit enfin marcher, pour les protéger, de nombreux détachements de gendarmerie, mais le développement de la force publique ne fit qu'irriter les manifestants. Le 28 février au soir, deux députés, MM. de Corcelle et Demarcay, s'étant trouvés au milieu des groupes, furent violemment maltraités, puis arrêtés et mis au corps de garde, où on les détint jusqu'à onze heures, bien qu'ils eussent fait connaître leur qualité. Cet incident fut le lendemain, à la Chambre des députés, l'objet d'une scène très animée, oii la gauche se plaignit vivement du traitement subi par deux de ses membres.
M. de La Bourdonnaye soutint l'autorité ministérielle, la Chambre passa à l'ordre du jour. Pendant plusieurs jours encore, de nombreux rassemblements continuèrent à se former à la porte des églises des Petits-Pères et de Saint- Eustache, les marchands étaient obligés de fermer leurs boutiques; la circulation et le commerce étaient interrompus. Les missionnaires continuèrent leurs prédications; force resta à la loi, et le libre exercice du culte fut pleinement protégé. Ce" résultat était certainement heureux; il était fâcheux toutefois que les prêtres et la religion eussent été engagés dans le premier conflit où le ministère avait eu à se servir de la force publique. Cela faisait trop voir le rôle qu'ils prétendaient jouer et les difficultés qui devaient en résulter. On devait prévoir que dans Paris, où
INCENDIES DANS LES CAMPAGNES. 4â7
tant de gens font profession de sentiments hostiles au clergé, ces discours enflammés des prédicateurs, leurs paroles souvent triviales, les cantiques chantés sur les airs les plus profanes au milieu de la foule, dans des processions parcourant les rues, devaient amener de bruyantes protestations. Ceux qui persistaient à organiser ces manifestations pieuses n'étaient sûrement pas *animés d'un sentiment religieux fort éclairé.
Les provinces voisines de la capitale furent à cette époque effrayées par de nombreux incendies. Ce n'était pas la première fois qu'une succession de crimes de même nature avaient paru s'étendre comme une épidémie étrange dans une même contrée; plus tard même, ces ravages ont été plus considérables. Comme toujours, ces sinistres furent accompagnés d'affiches séditieuses, de lettres anonymes et menaçantes; les uns les attribuaient à la rivalité jalouse des compagnies d'assurance, les autres à la malveillance de l'esprit de parti, qui voulait, en ruinant la classe des cultivateurs, les aigrir contre le gouvernement et les détourner de se rendre aux élections. On prit toutes les mesures administratives qui se pratiquent en semblable occasion; la force militaire fut employée, de nombreuses patrouilles parcoururent en tous sens les cantons désolés. Cet affreux désordre avait à peu près cessé, et le calme était revenu quand s'ouvrit la session extraordinaire que M. de Villèle avait exigée. Les collèges électoraux qui devaient pourvoir au remplacement de la série sortante avaient été convoqués dès le 17 avril, ceux d'arrondissement le 9 mai, ceux de département le 16.
La lutte devait être vive, les premiers résultats n'étaient pas favorables au ministère. La ville de Paris avait dû remplacer M. Roy et moi par suite de notre entrée à la Chambre des pairs. Deux membres de la gauche, le général Gérard et M. Gévaudan, avaient été nommés. C'était de mauvais augure. En effet, sur douze députés, dix étaient
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de ToppositioD, deux seulement au gouvernement. Les manœuvres employées par l'administration, la pression exercée sur les élections, avaient amené des scènes assez violentes. M. Louis, ancien ministre des finances, dépulé et ministre d'Ëtat, avait dans son arrondissement constaté une fraude évidente et avait franchi, pour surveiller de plus près le bureau, une barrière qui le séparait du reste de l'assemblée. Peut-être dans sa situation sa conduite manquait-elle de mesure, mais enfin le fait délictueux qu il relevait s'était passé dans l'intérieur d'un bureau électoral, dans le lieu oii l'intervention du gouvernement, aux termes de la loi, était particulièrement abusive. M. de Yillèle n'hésita pas à proposer au Roi la radiation du nom de 31. Louis sur le tableau des ministres d'Ëtat et le retranchement du traitement de douze mille francs qui était attaché à ce titre. La rigueur était grande envers un homme dont les services avaient été éclatants à l'époque de la Restauration, qui avait puissamment contribué à relever nos finances, qui depuis avait suivi le Roi à Gaod, qui avait été trois fois ministre dans les circonstances les plus difGciles.
Dans le reste du royaume, le résultat des élections fut plus favorable qu'à Paris. Cependant sur quatre-vingt-six députés, l'opposition en obtint trente-deux, plus du tiers par conséquent. On peut croire que dès ce moment M. de Yillèle prit la résolution de se créer une situation plus solide en adoptant le système du renouvellement intégral. La Chambre étant réunie, on vota, outre le budget de 1823 qui remettait l'année financière en rapport avec le cours des sessions législatives, la loi sur les canaux. Les débats législatifs n'eurent rien d'intéressant jusqu'au jour oîi l'affaire de la conspiration du général Berton eut un écho dans la Chambre.
Le procureur général, M. Mangin, avait, sans ménager personne, signalé les ramifications du complot. Homme