PROCÈS BERTON
droit et consciencieux, ne manquant ni de connaissance ni de talent, mais ardent, dur et inflexible, incapable de ménagements, môme pour les situations politiques les plus hautes, il avait acquis dans le cours de Tinstruction la conviction que plusieurs députés, au nombre desquels se trouvaient MM. Benjamin Constant, Foy, Laffitte et de La Fayette, avaient la main dans tous les complots, en étaient l'àme. 11 n'avait pas hésité à les signaler dans son réquisitoire. Je ne fais aucun doute de l'exactitude des faits qu'il allègue, j'en tire les mêmes conclusions que lui, en ce qui concerne M. Laffitte et surtout M. de La Fayette, mais pouvait-il compromettre des hommes publics alors qu'il ne croyait pas devoir conclure formellement contre eux et les traduire en jugement? Le jour où le réquisitoire parut dans le Moniteur^ MM. Benjamin Constant et Lafiitte demandèrent une enquête; la Chambre ne pouvait la refuser à quatre de ses membres attaqués par un magistrat dans un acte d'accusation et signalés comme complices et chefs d'une révolte. M. le garde des sceaux défendit le procureur général. Le général Foy, MM. de Sainte-Aulaire et de La Bourdonnaye soutinrent la demande d'enquête. M. de Martignac se rangea de l'avis du garde des sceaux et montra que l'enquête ne pourrait être ordonnée que sur une proposition faite dans les formes prescrites par le règlement. Le surlendemain, M. de Sainte-Aulaire, dans la forme régulière, demanda qu'aux termes de l'article 15 de la loi du 25 mars 1822, le procureur général de la cour de Poitiers fût traduit à la barre de la Chambre pour répondre à l'accusation de s'être rendu coupable d'offenses graves envers la Chambre des députés et s'entendre condamner aux peines portées par les lois. Le 5, la question de la prise en considération de cette proposition fut disculée, mais cette fois avec calme et dignité. M. de Sainte-Aulaire soutint la proposition avec talent. M. de Martignac lui répondit. MM. Courvoisier, Tripier, de La Bourdonnaye,
de Yaublanc et Manuel parlèrent alternativement dans les différents sens. Enfin la proposition fut rejetée par deux cent vingt-six suffrages contre cent vingt-sept.
L'arrêt de la cour d'assises de Poitiers qui prononça sur le sort des accusés fut rendu dans la nuit du 11 au 12 août, après quinze audiences consécutives; la manière dont ce long débat fut conduit jeta sur les accusés un très vif intérêt. Le jury avait été choisi parmi les hommes qu'on devait croire, par leur naissance et tous leurs antécédents, hostiles aux accusés. Le général Berton ayant demandé pour défenseur M. Mérilhou, avocat dans le ressort de Paris, M. de Peyronnet refusa l'autorisation, qu'on ne refuse jamais. Le général alors demanda M. Mesnard, avocat à Rochefort, du ressort de la cour royale de Poitiers, mais non dans celui delà cour d'assises ; même refus; si bien qu'à l'ouverture des débats, il déclara sa ferme volonté de ne pas prendre de défenseur. A l'audience, M. Mangin passa toutes les bornes, son langage, son attitude manquèrent de la dignité, de la haute impartialité dont un magistrat ne doit jamais se départir. Il se laissa aller, par exemple, jusqu'à employer contre le général Berton l'épithète de lâche, il n'y en avait pas qui fût moins applicable. Puis il jugea à propos d'ajouter aux noms des quatre députés déjà désignés ceux de MM. Voyer d'Argenson et Manuel; il fit ressortir avec le plus grand soin les indices établissant leur participation à tous les complots qui s'étaient tramés dans les derniers temps sur les différents points du royaume. Quant au reproche de n'avoir pas déféré aux tribunaux des hommes contre lesquels il accumulait tant de charges, voici comment il y répondit : « Les « faits qui les concernent se rapportent bien plus au « second complot qu'à celui qui nous occupe (il faisait allu- « sion au procès qui dans ce même moment se poursuivait « à Paris contre les conjurés saisis à la Rochelle), et pour « ce dernier complot, je ne suis pas compétent; si je