LES QUATRE SERGENTS DE LA ROCHELLE
« rétais... » C'était en quelque sorte adresser un reproche au procureur général de Paris, qui n'avait pas le courage de faire ce que lui aurait certainement fait.
Le général Berton ne manqua pas de relever l'épithète de lâche qui lui avait été donnée par le procureur général et de faire remarquer la quantité d'émigrés qui se trouvaient parmi les jurés qui allaient prononcer sur son sort. Le résumé du président de la cour d'assises fut conçu dans des termes modérés. L'issue du procès fut la condamnation portée le 12 septembre, contre trente-trois des accusés sur cinquante-six. La peine de mort fut appliquée à Berton et à cinq de ses coaccusés comme coupables des complots et attentats qui leur avaient été imputés. Huit autres furent condamnés pour non-révélation à cinq ans d'emprisonnement et deux mille francs d'amende, les autres à trois, deux et une année d'emprisonnement.
Huit jours avant, le 5 septembre, la cour d'assises de Paris avait prononcé onze condamnations dans l'affaire de la Rochelle . Quatre des accusés avaient été condamnés à mort : Bories, Pommier, Goubin et Raoulx; six à cinq années d'emprisonnement, un à trois années, trois à deux années, et un à quinze années de sur\'eillance de la haute police. Ce jugement était encore plus rigoureux que celui rendu à Poitiers. Les conspirateurs de la Rochelle n'avaient point été pris en flagrant délit les armes à la main, comme ceux de Saumur. En admettant comme vrais les projets arrêtés dans les ventes, il n'y avait pas eu commencement d'exécution. Aussi le réquisitoire de l'avocat général, M. de Marchangy, était-il surtout remarquable par le soin qu'il avait pris de bien établir l'existence d'une vaste conspiration contre l'ordre social; c'était une sorte d'histoire des sociétés secrètes, notamment des carbonari. 11 les suivait dans leur première organisation, dans leurs ramifications et dans leur établissement sur divers points de la France,
d'où elles correspondaient avec le comité établi à Paris. Le président des assises s'étendit non moins longuement que l'avocat général sur l'existence des sociétés secrètes, sur les dangers qu'elles faisaient courir à tous les gouvernements. Les condamnés étaient jeunes, ils inspiraient la pitié; quelques démarches furent tentées pour obtenir des commutations de peine, mais elles furent vaines; ils furent exécutés le 21 septembre. Une entreprise avait eu lieu pour les délivrer pendant qu'ils étaient dans la prison de Bicétre, mais elle fut découverte et une condamnation à des peines correctionnelles fut prononcée contre ceux qui s'en étaient rendus coupables. Berton fut exécuté le 9 octobre à Poitiers.
Je m'arrête sur ces procès parce qu'ils sont un des faits caractéristiques de l'époque. Dans cette seule année, douze exécutions pour crimes politiques eurent lieu (i). Cependant il faut bien reconnaître que les conspirations étaient bien moins redoutables qu'elles ne l'avaient été dans le cours des quatre années précédentes. Certes le gouvernement était dans son droit, tous les hommes qu'il a frappés étaient assurément coupables; il a pu prétendre que cette rigueur dans la répression a déconcerté les factieux, les a frappés de terreur. Peut-être eût-il été prudent de ne pas pousser si loin la répression et de ne pas rendre certahis hommes irréconciliables, mais j'admets qu'on pense différemment. Ce que je n'admets pas, c'est la conduite tenue dans l'affaire de Colmar, qui entraîna la condamnation par un conseil de guerre du lieutenant-colonel en retraite Caron.
Depuis l'affaire de la conspiration de Belfort, les auto-
(1) Premier complot de Saumur : Sirejean et Coudert; de Toulon. Vallé ; de la Rochelle, Bories^ Pommier, Goubin et Raoulx. Deuxième complot de Saumur : Berton, Caffé, Sauge eUaglin; de Colmar, Caron. L'affaire de lielfort n'entraîna pas de condamnation à mort, les accusés jugés les plus coupables ne furent condamnés qu'à cinq ans d'emprisonnement.