M. DE VILLÈLE PRÉSIDENT DU CONSEIL
voté. Le ministère n'avait plus à recourir désormais aux douzièmes provisoires, il était libre d'ouvrir la session nouvelle à l'époque qui lui conviendrait le mieux. Tout semblait donc prospérer au gré de ses vœux; cependant M. de Villèle était trop habile pour n'avoir pas remarqué certains symptômes indiquant que sa majorité n'était ni aussi forte ni aussi décidée qu'il le désirait. Des ambitions qui n'étaient pas encore satisfaites ou ne l'étaient pas suffisamment, commençaient à montrer leur impatience. Cependant deux directions générales nouvelles avaient été créées pour satisfaire MM. de Castelbajac et Cornet d'Incourt. Un mouvement préfectoral avait été fait au profit des hommes les plus ardents du parti royaliste, MM. de Limairac, de Vaulchier, de Cursay et de Foresta. Tout cela ne suffisait pas. M. de La Bourdonnaye était mécontent, il voulait entrer dans le ministère.
On était en face de l'élection d'un nouveau cinquième. Quelle impression avaient produite les débats judiciaires, les condamnations multipliées? Elle était peu favorable au ministère public et au ministre de la justice. Tout cela ne laissait pas de causer à M. de Villèle d'assez sérieux embarras. Il jugea d'abord à propos, pour répondre aux bruits qui commençaient à s'accréditer de changements ministériels, d'obtenir pour lui et pour deux de ses collègues une marque publique de la satisfaction royale. Le jour de la clôture de la session, une ordonnance lui conféra, ainsi qu'à MM. de Corbière et de Peyronnet, le titre héréditaire de comte. Il voulait plus, il désirait le titre de président du conseil.
Tant qu'avait vécu le duc de Richelieu, il s'était flatté de se réconcilier avec lui et de lui faire accepter cette présidence; n'étant plus retenu par cette considération, il tenait à acquérir, surtout pour ses rapports avec le Roi et avec Monsieur, une supériorité de position lui donnant la facilité de faire accepter ses vues. Une seule chose le gênait.
le nom, la position sociale de M. de Montmorency; tout semblait le désigner, mais il allait partir pour Vérone. Il fallait proflter de cette circonstance ; tout fut donc réglé en conséquence entre le Roi, Monsieur et le futur présideat; on devait tenir la chose secrète, mais une de ces indiscrétions que la faiblesse de Louis XYIII rendait fréquentes faillit tout compromettre. Lorsque M. de Montmorency prit congé de Sa Majesté, elle ne put s'empêcher de lui confier, comme devant lui faire un sensible plaisir, la nomination de M. de Villèle à la présidence du conseil. M. de Montmorency resta confondu; mais il allait monter en voiture et n'osa se plaindre. Il partit donc, emportant avec lui un dépit d'autant plus vif, que le portefeuiUe du ministère des affaires étrangères restait entre les mains de M. de Yillèle pendant toute son absence.