CHAPITRE XVII
Situation de l'Espagne en ^1822. — L'armée de la Foi et la régence d'Urgel. — Le congrès de Vérone. — Voyage de M. de Montmorency à Vienne. — Arrivée des souverains à Vérone. — Ouverture des conférences. — Transformation du cordon sanitaire en armée d'observation. — Questions posées par M. de Montmorency au Congrès. — Note de lord Wellington. — Les puissances continentales se prononcent pour l'intervention. — Défaite du parti absolutiste en Espagne. — M. de Chateaubriand à Vérone. — Retour de M. de Montmorency à Paris ; il est d'accord avec les trois puissances continentales pour donner aux légations l'ordre de quitter Madrid. — Appuyé par M. de Chateaubriand, il exige l'exécution des engagements pris par lui au Congrès; M. de Villèle s'y oppose. — Le minisire des affaires étrangères donne sa démission. — Dépêche de M. de Villèle à M. de La Garde. — M. de Chateaubriand prend la place de M. de Montmorency. — Suppression de l'ÉcoJe normale et de la Faculté de médecine de Paris. — Habileté déployée par M. de Villèle dans l'administration des finances. — Les manœuvres électorales. — Nominations au conseil d'État. — Disgrâce de M. de Vitrolles.
C'est du congrès de Vérone que devait sortir la guerre d'Espagne; la situation s'était aggravée de l'autre côté des Pyrénées. Depuis les derniers mois de 1821, le gouvernement espagnol était aux prises, d'une part, avec les partisans armés de Riego ; de l'autre, avec les chefs et les soldats de l'armée de la Foi. Mais comme tout se passe dans ce pays d'une manière imprévue, les élections n'avaient pas été aussi mauvaises qu'on aurait pu le craindre. Elles avaient donné la majorité au parti modéré. Le ministère semblait décidé à faire triompher l'ordre et le respect des lois. Grâce à ses efforts, à son influence, le parti des anarchistes avait chaque jour perdu du terrain dans Madrid. Le gouvernement civil et le gouvernement militaire étaient entre les
mains de deux hommes de bien, le général Morillo et le chef politique Saint-Martin. On pouvait entrevoir des jours meilleurs, quand tout fut de nouveau troublé parles entreprises du parti royah'ste. L'armée occupait dans les provinces du Nord la forteresse d'Urgel, ainsi que plusieurs petites places situées sur la frontière des Pyrénées. Elle avait des chefs audacieux, qui se persuadèrent que le moment était venu de tenter un coup décisif et de renverser le gouvernement constitutionnel. Us avaient des intelligences bien établies avec le roi, à la cour et dans Madrid. On Ct agir les bataillons de la garde de service auprès du roi, le jour où la session des Cortès venait d'être close. Une rixe s'éleva à la sortie de la salle, entre des groupes qui criaient, d'une part : Vive le roi constitutionnel ! de l'autre : Vive le roi absolu t Une partie des bataillons de la garde, qui s'était retirée sur le Prado, rentra bientôt dans la ville. avec l'intention de s'en emparer et d'en chasser les militaires, qui faisaient la principale force du parti de la révolution.
Le succès de cette entreprise n'était pas impossible, si je n'ai pas été mal informé. Morillo lui-même, plus fatigué que qui que ce fût des désordres et des orages révolutionnaires, était en disposition de ne s'y opposer que très mollement, lorsqu'une entrevue qui eut lieu entre le roi et lui au palais lui lit connaître combien les dispositions de ce prince envers tous ceux qui avaient plus ou moins concouru à la révolution seraient à redouter, s'il venait à triompher, il laisserait alors tomber le masque dont il s'était jusqu'alors couvert. La résolution du général fut dès lors prise; il se mit à la tête des miliciens, et les bataillons venus duPrado, mal conduits, sans plan concerté, abandonnés par deux autres bataillons renfermés dans le palais et que Ferdinand ne voulait jamais laisser sortir, furent complète ment repoussés, puis dispersés. Tout cela était accompli le 7 juillet. Le pouvoir passa dans les mains de la députation permanente