‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 191 sur 275 · LA REGENCE D'URGEL · texte numérisé non relu

LA REGENCE D'URGEL

des Gortès, et le ministère, dont la malhabile modération avait, disait-on, amené cette catastrophe, dut céder la place à un ministère composé d'hommes plus énergiques, dont le premier soin fut de frapper les vaincus. Le nombre des victimes ne se trouva pas cependant aussi considérable qu'on pouvait le craindre; les plus marquants furent un capitaine de la garde et le général Ëlio, ancien capitaine général de Valence, arrêté depuis longtemps et jusqu'alors épargné. S'il y eut quelque modération dans cette réaction politique, on n'en saurait attribuer le mérite au roi Ferdinand. Quand le ministre de France vint l'adjurer de proclamer une amnistie que tout le monde desirait, qui était dans son droit, qui l'honorerait aux yeux de tous les partis, quand il fut supplié par les parents des gardes prisonniers de les sauver, il répondit : « Il faut savoir s'en tirer quand on commence une révolution; vraiment, pour le bien que m'ont fait les gardes, il est fort inutile que je m'expose en leur faveur. »

Cet échec dans la ville de Madrid n'avait pas découragé les troupes royalistes qui occupaient les provinces du Nord; elles remportèrent même d'assez brillants succès qui ne tardèrent pas à prendre au dehors une grosse importance. Une régence fut installée à Urgel, composée de l'évéque de Taragone, du marquis de Mataflorida et du baron d'Eroles. Elle avait certainement des pouvoirs que Ferdinand lui avait fait tenir secrètement. Aussitôt formée, elle s'empara de la direction de toutes les affaires au dedans et au dehors; elle donna une plus vive et plus forte impulsion aux opérations de Y armée de la Foi, et entra en relation avec tous les gouvernements. Le ministère français ne pouvait ostensiblement accueillir ses envoyés, mais ils trouvèrent un accès facile auprès des hommes les plus influents à la Cour et surtout auprès de Monsieur. Le ministre des affaires étrangères leur était acquis et ne devait pas hésiter à leur marquer l'intérêt que leur cause lui inspirait.

C'est dans ces dispositions que M. de Montmorency partit d'abord pour Vienne. Quelle était la raison de ce voyage préliminaire? Pourquoi ne pas se rendre directement à Vérone? On ne peut guère douter que son principal but ne fût de se mettre avec M. deMetternich sur un meilleur pied que celui où s'était placé le ministère Richelieu, car avec les projets très arrêtés qu'on avait certainement déjà sur l'Espagne, il fallait se concilier cette grande influence. Parfaitement tranquille sur l'Italie, où les forces autrichiennes se trouvaient solidement établies, le premier ministre d'Autriche ne voyait aucun avantage à donner à l'empereur Alexandre l'occasion d'intervenir de nouveau dans les affaires de ce pays. Il trouvait que le motif originairement donné pour la réunion du congrès, c'est-à-dire la nécessité de régler définitivement avec la durée de l'occupation autrichienne la force des corps d'armée, n'avait plus de valeur; que les conventions seraient tout aussi facilement conclues sans grand appareil, par les soins des ambassadeurs respectifs et à l'aide de correspondances établies entre les divers cabinets.

La Prusse pensait absolument de même; l'Angleterre était encore bien plus prononcée dans cette manière de voir. Il était évident pour elle que, du moment où le congrès serait réuni, on ne pourrait éviter la question espagnole. Or il n'y avait rien sur quoi elle eût fait connaître plus ouvertement son opinion que sur la nécessité délaisser un libre cours à la révolution dans ce pays. On peut consulter la note confidentielle que, dès le mois de mai 1820, elle avait fait communiquer aux cours d'Autriche, de France et de Russie. Sa conviction n'avait pas changé; elle avait saisi toutes les occasions d'en renouveler l'expression. Son action diplomatique se trouvait momentanément un peu affaiblie par la perte qu'elle venait de faire de son ministre dirigeant, lord Castlereagh. Il s'était donné la mort dans les premiers jours d'août. Aucun homme peut-être, entre

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