‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 195 sur 275 · LE CONGRÈS DE VÉRONE · texte numérisé non relu

LE CONGRÈS DE VÉRONE

grand royaume. Cela dura plus de deux mois. M. de Montmorency n'assista pas aux dernières conférences ; il repartit pour la France aussitôt que furent prises les résolutions concernant TEspagne; c'était la seule question qui eût, à ses yeux, une grande importance. Quant à celles qui touchaient l'Italie, premier objet de la réunion, on ne s'en occupa que dans les dernières séances. Il fut convenu que l'armée autrichienne qui occupait le royaume de Naples serait diminuée de 17,000 hommes. Rien ne fut arrêté sur l'époque de l'évacuation définitive. Au 1" janvier 1827, c'estr-à-dire au bout d'un peu moins de six aas, 240 millions avaient déjà été payés par les Napolitains. Il fut décidé que, le 1" septembre 1823, toutes les places fortes seraient remises au roi de Sardaigne et que toutes les troupes autrichiennes seraient sorties du royaume. On évita de parler de la Grèce, bien qu'une adresse aux souverains fût apportée par un envoyé du Sénat. On ne lui permit pas d'arriver jusqu'à Vérone, tout le monde étant d'accord pour ne pas soulever cette question ; mais il fut longuement parlé de la traite des nègres et de l'abolition de l'esclavage. Le duc de Wellington demanda que les puissances maritimes voulussent bien consentir à l'établissement d'un droit de visite sur les bâtiments soupçonnés de faire la fraude. J'ai voulu épuiser les questions accessoires, pour n'avoir plus à m'occuper que de la question principale, l'intervention en Espagne.

M. de Montmorency, qui s'était entendu à Vienne, d'abord avec l'empereur Alexandre, puis avec M. de Metternich, puis enfin avec le principal ministre de Prusse, qu'il trouva plus disposé que celui d'Autriche à entrer pleinement dans son sens, posa, dès l'ouverture du congrès, trois questions :

« 1* Au cas où la France se trouverait dans la nécessité c( de rappeler son ambassadeur de Madrid et d'interrompre « toutes les relations diplomatiques avec l'Espagne, les « hautes puissances seraient-elles disposées à adopter des

« mesures semblables et à rappeler leurs légations respec- « tives?

« 2* Si la guerre éclatait entre la France et TEspagne. « sous quelle forme et par quels actes les autres puissances « offriraient-elles à la France cet appui moral qui, en don- « nant à ses mesures tout le poids et l'autorité deTalliaDce, « inspirerait une terreur salutaire aux révolutionnaires de « tous les pays?

« 3* Quelle est enfin l'intention des hautes puissaoces « sur l'étendue et la forme du secours matériel qu*elles « seraient disposées à donner à la France, dans le cas oii c une intervention active serait, sur sa demande, jugée « nécessaire? »

Les instructions que le duc de Wellington avait reçues en réponse aux questions faites à sa cour, à la suite de sa conversation avec M. de Villèle, étaient très nettes. M. Canning répondait : « S'il y a un projet arrêté d'intervenir par c force ou menace dans les affaires d'Espagne, les ministres « de Sa Majesté sont si convaincus de Tinutilité et du dan- « ger d'une telle intervention, les principes sur lesquels on « se fonde paraissent si erronés, l'exécution en paraît si « impraticable, que, quand la nécessité le réclamerait, ou « plutAt quand l'occasion s'en offrira, vous devez déclarer « formellement que Sa Majesté est bien décidée, quelles « que soient les circonstances qui se présentent, à ne « jamais prendre part à cette intervention. »

Les jours qui s'écoulèrent entre le 20 et le 30 octobre furent employés en pourparlers, en conférences, dont le résultat fut que, dans la séance du 30, le duc de Wellington remettait au congrès une note fort dé.taillée où, rappelant et expliquant la conduite de l'Angleterre vis-à-vis de l'Espagne depuis le commencement de sa révolution, il déclara que Sa Majesté Britannique « considérait comme u absolument impossible une rupture venant du côté de «l'Espagne, aussi bien qu'une mesure quelconque de

RÉSOLUTIONS PRISES A VÉRONE. iol

« nature à rendre nécessaire toute interruption de relations a diplomatiques par la France; que, comme Sa Majesté a Britannique n'était pas du tout informée de ce qui s'était a passé entre l'Espagne et la France depuis le mois « d'avril 1820, comme son gouvernement ne pouvait « savoir sur quel fondement le gouvernement français « pourrait juger convenable d'interrompre les relations « entre la France et l'Espagne, ou pourquoi la guerre « viendrait à éclater entre les deux États, il était impos- « sible aux conseillers de Sa Majesté Britannique de pro- « noncer sur l'avis qu'ils croiraient devoir lui donner dans a le cas où une de ces circonstances viendrait à se présen- « ter. Il lui était donc impossible de répondre à aucune des <r questions proposées. »

L'Autriche, la Russie et la Prusse répondirent d'abord <c qu'elles suivraient l'exemple de la France à l'égard de « leurs relations diplomatiques, ensuite qu'elles pren- « draient l'attitude que prendrait la France, enfin qu'elles « lui donneraient un appui moral, même des secours en « cas de nécessité, d'après un traité qui devait établir les « motifs et fixer l'époque et le mode de cette coopération ».

Le 30, on délibéra sur le mode de communication qui devait être employé vis-à-vis de l'Espagne pour lui faire connaître les déterminations des quatre puissances continentales qui venaient de tomber d'accord entre elles. L'idée d'une note collective fut écartée comme trop irritante; il fut convenu que le ministre de chacune des quatre puissances à Madrid présenterait une note séparée, sinon conforme dans les termes, du moins de môme teneur au fond. Ces notes devaient être communiquées aux plénipotentiaires de la Grande-Bretagne. Quelques jours après, l'idée des notes fut abandonnée et remplacée par des dépêches que les ministres des cours alliées écriraient à leurs ministres en Espagne. Ils feraient ainsi connaître les sentiments de leurs souverains. Les projets de dépêches

furent communiqués au duc de Wellington; il fit une longue réponse dont le résumé est que le résultat de ces communications au gouvernement espagnol serait très probablement une interruption immédiate de toutes les relations diplomatiques entre les quatre cours alliées et l'Espagne, sans rien changer à l'état du différend qui pouvait exister entre la France et l'Espagne; que cette démarche ne serait d'aucune utilité pour la France. Quant au gouvernement de Sa Majesté Britannique, il pensait que s'immiscer dans le gouvernement intérieur et dans les actes d'un État indépendant, à moins que ces actes ne portassent une atteinte essentielle aux intérêts des sujets de Sa Majesté, ce serait se mettre en contradiction avec tous les principes suivant lesquels Sa Majesté s'était constamment réglée dans toutes les questions relatives à la politique intérieure des nations. Le gouvernement britannique devait donc s'abstenir. « En conséquence, disait le duc de « Wellington, Sa Majesté bornera ses efforts et ses bons « offices à enjoindre à son ministre à Madrid d'adoucir c( l'irritation que ces communications peuvent occasionner, « et d'employer à cela toute son influence. »

Cette réponse ne changea rien à la décision des quatre puissances continentales. M. de Montmorency partit pour Paris, apportant au cabinet des Tuileries la dépêche qu'il avait rédigée à Vérone pour le ministre de France à Madrid. Il y faut ajouter la déclaration formelle que la France, étant regardée comme la puissance la plus intéressée au rétablissement de l'ordre en Espagne, était laissée seule arbitre des moyens à employer pour arriver à ce but avec la garantie des secours de ses alliés, si elle les jugeail nécessaires, dans certains cas spécifiés ou à spécifier.

Pendant que ces résolutions étaient prises à Vérone, l'Espagne, loin de s'arrêter dans la route où elle était engagée, semblait y marcher avec plus d'assurance que jamais. Le Roi, après l'échec du mois de juillet, n'avait pu

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