‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 196 sur 275 · DÉFAITE DE L'ARMÉE DE LA FOL · texte numérisé non relu

DÉFAITE DE L'ARMÉE DE LA FOL

se refuser à une convocation extraordinaire des Cortès qui, en travaillant à organiser toutes les mesures de défense et de sûreté publique, donneraient le moyen de pousser avec plus de force et d'activité la guerre qui était engagée sur divers points contre l'armée de la régence d'Urgel. Après quelques succès, celle-ci avait été battue. Les généraux de l'armée de la Foi, poussés par Mina, qui commandait Tarmée constitutionnelle, durent abandonner successivement presque tous les points fortifiés qu'ils avaient précédemment enlevés; à la fin de novembre, la régence d'Urgel, avec tous les membres du gouvernement qu'elle avait organisé, se trouva réduite à la nécessité de chercher un refuge sur le territoire de France. La cause des royalistes absolutistes, abandonnée à ses propres forces, paraissait donc perdue en Espagne. Si le ministère avait profité de ce moment de succès pour donner à la France quelque satisfaction, s'il avait compris la nécessité de désavouer la propagande révolutionnaire que ses agents se permettaient au dehors, il aurait pu conjurer l'orage. M. Martinez de la Rosa, qui avait été ministre des affaires étrangères, eût probablement adopté cette marche prudente; mais le caractère obstiné de son successeur, M. de San Miguel, ne lui permit pas de le faire. Son langage, à mesure que la crise approchait, devint plus cassant et plus fier. Peut-être aussi la confiance qu'il avait dans l'opposition que le gouvernement anglais manifestait contre toute mesure agressive contribua-t-elle à lui faire prendre l'attitude hautaine qu'il garda jusqu'à la fin.

Le cabinet anglais serait donc arrivé plus sûrement à empêcher toute intervention, s'il avait fait comprendre au cabinet de Madrid la nécessité de se montrer plus conciliant. Je dois reconnaître que l'Angleterre n'était pas seulement conduite par les inspirations de sa politique accoutumée, toujours portée à prendre ombrage de l'influence que la France pourrait prendre en Espagne, mais qu'elle

obéissait en même temps à un profond sentiment des difficultés que devait entraîner une invasion en Espagne, et des dangers qu'elle ferait courir à toute TEurope. C'était l'opinion du duc de Wellington, c'était celle de tous les hommes ayant déjà fait la guerre de la Péninsule. D ne faut donc pas s'étonner de la répugnance que M. de Villèle avait au fond de l'àme pour une entreprise qui, aux yeux les plus exercés, pouvait passer pour téméraire.

Les désastres du parti absolutiste en Espagne, loin de refroidir l'ardeur de ceux qui s'intéressaient à son triomphe, les poussaient encore plus vivement à lui porter un secours.

Ce qu'avait prévu le duc de Wellington dans sa note du 20 novembre ne tarda pas à se réaliser. Les ministres des quatre puissances reçurent l'ordre de partir immédiatement, dans le cas où la communication qu'ils étaient chargés de faire n'obtiendrait pas du cabinet espagnol une réponse satisfaisante. Dans ces dépêches, conçues en termes à peu près identiques, on blâmait avec la même sévérité l'acte d'insurrection militaire sur lequel était fondée la révolution d'Espagne. On relevait le défaut de liberté dont était entaché le consentement donné par Ferdinand VU à la constitution dite des Cortès, dont le funeste exemple avait tant contribué aux troubles de l'année précédente dans le royaume de Naples et dans le Piémont. On montrait, dans les dépêches, le souverain d'Espagne prisonnier dans sa capitale, séparé de tout ce qui lui restait de serviteurs fidèles, abreuvé de dégoûts et d'insultes, exposé à tous moments à des attentats dont la faction au pouvoir n'avait trouvé aucun moyen de le préserver, si même elle ne les provoquait pas. L'allusion aux scènes de juillet et à la dispersion de la garde royale était claire, La conclusion était que la constitution que les Espagnols s'étaient donnée était incompatible avec la conservation du gouvernement royal en Espagne, par conséquent avec le repos et la sûreté des États monarchiques en Europe. Si

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