‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 198 sur 275 · CIRCULAIRE DES SOUVERAINS · texte numérisé non relu

CIRCULAIRE DES SOUVERAINS

tioii de rAugleterre fut refusée. Il était difficile, au fond, de ne pas prendre ce parti, l'Angleterre ne voulant dans cette affaire reconnaître en aucune façon l'action de l'alliance des quatre cours, n'admettant d'autre droit à une action quelconque vis-à-vis de l'Espagne que celui qui pouvait appartenir à la France comme puissance limitrophe; la France, d'une autre part, ne pouvant, sans manquer à tous les engagements contractés à Vérone, se départir avec les trois puissances continentales d'une union qu'elle avait eUe-méme provoquée. Cette médiation, bien que refusée, n'en était pas moins un encouragement pour M. de Villfele. Il espérait que, l'Angleterre ayant si persévéramment affirmé son avis, le cabinet de Madrid se déciderait à faire les concessions nécessaires au maintien de la paix.

Le duc de Wellington, plein de confiance dans les sages intentions du président du conseil, était retourné à Londres le 20 décembre, convaincu qu'on pourrait éviter le conflit. Il se trompait. Le jour même de son départ, l'un des plénipotentiaires français laissés à Vérone arrivait, apportant une circulaire adressée par les trois monarques, qui s'y trouvaient encore, à leurs légations respectives, pour les informer de l'ordre que Leurs Majestés venaient de donner à leurs ministres de quitter la péninsule espagnole. « L'état « des choses que chaque jour, dans ce pays, menaçait de « rendre plus cruel et plus alarmant, ne leur permettait ff pas de rester spectateurs tranquilles, de prêter par leurs A représentants la fausse couleur d'une approbation tacite « aux actes d'une faction déterminée à tout entreprendre « |our conserver son funeste pouvoir. » Ainsi, non seulement les dépêches avaient été expédiées, mais elles avaient été accompagnées d'un ordre de rappel adressé aux légations donné d'une manière encore plus absolue qu'on ne s'y était attendu. Mais comment se faisait-il que ce fût M. de Chateaubriand qui eût accepté la mission d'apporter

la nouvelle d'une résolution aussi peu d'accord avec l'opinion qu'on lui supposait jusqu'au moment où M. de Montmorency avait quitté le congrès?

Au moment où les débats étaient les plus vifs dans le congrès de Vérone, M. de Montmorency craignant la responsabilité, si les résolutions adoptées conduisaient à la guerre, n'étant pas non plus sans inquiétude sur la situation dans laquelle il allait être vis-à-vis du président du conseil, voulut s'appuyer sur l'avis des trois plénipotentiaires qui lui avaient été associés. Il les réunit le 8 novembre et leur posa nettement cette question : La guerre avec l'Espagne est-elle désirable ? doit-on travailler à l'amener? M. de Caraman se prononça contre, M. de La Ferronnays et M. de Chateaubriand furent pour l'affirmative. Ce qui est inexplicable, c'est que M. de Montmorency ne chercha pas à tirer parti de cette consultation et qu'il la laissa ignorer à M. de Villèle. Si celui-ci en avait été informé, il est fort probable qu'il ne se serait pas jeté dans les bras de M. de Chateaubriand, comme il ne tarda pas à le faire, et n'aurait peut-être pas rompu avec M. de Montmorency. La personne qui m'a démontré l'authenticité de ces détails ajoutait : « Cette conférence est la seule occa- « sion où M. de Chateaubriand se soit expliqué nettement « à Vérone. » Après le départ de M. de Montmorency sa situation, jusque-là si fausse, s'était modifiée. Les deux plénipotentiaires ses collègues lui reconnurent une sorte de primauté en lui donnant la qualification de principal plénipotentiaire. Ses rapports devinrent plus faciles avec les souverains et surtout avec l'empereur Alexandre, auquel il se donna l'apparente bonne grâce de sacrifier ies opinions qu'il avait jusque-là soutenues. Une fois engagé dans cette voie, il ne tarda pas à devenir le champicn le plus décidé des idées impériales. Plus que personne il insista pour le rappel des ambassadeurs. Il arrivait donc à Paris pour aider M. de Montmorency contre le président

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