RETRAITE DE M. DE MONTMORENCY
du conseil; mais ce changement était imprévu, les explications délicates. Pour se tirer de ce pas difficile, il prétexta une extrême fatigue et ne sortit guère de chez lui (1).
M. de Montmorency que rien n'obligeait à une telle réserve s'appuya sur les pièces apportées par M. de Chateaubriand pour soutenir énergiquement la nécessité de marcher d'accord avec les trois souverains. Ses engagements personnels étaient tellement positifs qu'il déclara au Roi que. s'il jugeait à propos de désavouer son plénipotentiaire au congrès, il devenait alors nécessaire de changer le ministre des affaires étrangères, puisque le ministre et le plénipotentiaire n'étaient qu'une seule et même personne. Son obstination fut telle et la fermeté de M. de Villèle si persévérante que, le 25 décembre, la démission du ministre des affaires étrangères fut donnée et acceptée ; le portefeuille devant rester entre les mains du président du conseil jusqu'au nouveau choix qui serait fait. La victoire restait décidément à M. de Villèle, Pendant l'intérim il pouvait faire appliquer ses idées conciliantes (2). Le ministre de France à Madrid était un homme sage, intelligent, éclairé; M. de La Garde se conformait à ses instructions avec autant d'habileté que de fidélité. Enfin le choix du nouveau ministre des affaires étrangères dépendait de
(1) Le changement dans les opinions politiques de M. de Chateaubriand dans l'intervalle de deux mois passés au congrès et son entrée au ministère étant discutés par beaucoup de personnes, il s*est cru obligé d'en donner lui-même l'explication, pour éviter les diverses interprétations. On peut lire à ce sujet le discours qu'il a prononcé à la Chambre des députés comme ministre des affaires étrangères, le 25 février 1823. Cela confirme parfaitement ce que je viens d'en dire. Il va jusqu'à raconter une de ses conversations avec l'empereur Alexandre, jusqu'à rapporter ses propres paroles, choisies entre celles apparemment qui avaient eu le plus de part à sa conversion.
(2) Le livre que M. de Chateaubriand vient de publier sur le congrès de Vérone ne détruit aucune de mes assertions. 11 révèle la trahison que j'ignorais, que je n'aurais osé soupçonner, qu'il s'est permise contre M. de Villèle. Il lui a toujours écrit pendant le congrès que tous les souverains voulaient la guerre, tandis que de son propre aveu elle n'était voulue que par le czar (1838).
lui; il devait se croire assuré d'écarter de ce poste tous ceux dont la politique ne serait pas d'accord avec la sienne.
M. de Yillèle expédia à M. de La Garde une dépèche rédigée en termes très modérés, devant être communiquée au cabinet de Madrid, en même temps que celles parties de Vérone. Rappelant tous les soins que le gouvernement français avait mis, depuis le mois d'avril 1820, à resserrer les liens qui unissaient les deux rois et à maintenir les bonnes relations qui existaient entre les deux peuples, insistant sur le caractère qu'avait donné à la révolution d'Espagne l'insurrection militaire qui en avait été l'origine, il expliquait comment la France avait été amenée à la nécessité de mesures de préservation, contre les dangers résultant pour elle de cette situation. De là l'établissement de l'armée d'observation et la nécessité de s'entendre avec les puissances que les affaires d'Italie avaient amenées au congrès de Vérone. Les puissances continentales avaient approuvé la conduite de la France et pris la résolution de s'unir à elle pour l'aider (s'il en était jamais besoin) à maintenir sa dignité et son repos. L'Autriche, la Prusse et la Russie ont jugé nécessaire d'ajouter à l'acte particulier de l'alliance une manifestation de leurs sentiments. De là les notes diplomatiques adressées par les souverains à leurs ministres respectifs à Madrid. Ceux-ci les communiqueront au gouvernement espagnol et suivront, dans leur conduite ultérieure, les ordres qu'ils auront reçus de leurs cours. Cette mention indirecte du rappel des ambassadeurs des trois puissances avait évidemment pour but de faire sentir la différence de leur manière de procéder avec celle de la France.
M. de La Garde avait ordre de faire counaître que les peuples de la Péninsule, rendus à la tranquillité, trouveraient dans leurs voisins des amis loyaux et sincères. Il devait y joindre l'assurance que les secours de tout genre