INSTRUCTIONS A M. DE LA GARDE
dont la France pouvait disposer en faveur de l'Espagne lui seraient toujours offerts pour assurer son bonheur et accroître sa prospérité. En même temps aussi, il devait déclarer que la France, aussi longtemps que l'Espagne serait déchirée par les factions, ne se relâcherait en rien des mesures préservatrices qu'elle avait prises, et que le gouvernement de Sa Majesté n'hésiterait pas à le rappeler de Madrid et à chercher des garanties dans des dispositions plus efOcaces (ceci est la seule phrase d'un caractère vraiment menaçant), si les intérêts essentiels continuaient à être compromis et s'il perdait l'espoir d'une amélioration, qu'il se plaisait toujours à espérer, des sentiments qui avaient si longtemps uni les Espagnols et les Français dans l'amour de leurs rois et d'une sage liberté. « Telles « sont, était-il dit en terminant, les instructions que le Roi « m'a ordonné de vous transmettre au moment où les notes « des cabinets de Vienne, de Berlin et de Saint-Pétersbourg « vont vous être remises. Ces instructions vous serviront « à faire connaître les dispositions et la détermination du « gouvernement français dans cette grave occurrence. Vous « êtes autorisé à communiquer cette dépêche et à en fournir « copie, si eUe vous est demandée. »
Cette pièce fait bien connaître la nuance qui existait entre l'attitude que choisissait M. de Villèle et celle que voulait prendre M. de Montmorency. L'un voulait en quelque sorte entrer immédiatement en campagne; l'autre laissait toutes les portes ouvertes aux pourparlers et aux négociations. Mais cependant, comme les rédacteurs des dépêches russes, autrichiennes et prussiennes, M. de Villèle ne précisait rien sur les réformes à faire. Comment dire, en effet, à une grande nation dont on affecte de respecter l'indépendance : Nous vous demandons dans l'organisation intérieure, dans votre constitution, tels ou tels changements, sous peine de voir la guerre éclater contre vous? Sur ces changements, le président du conseil ne se
serait pas montré très exigeant; il ne lui fallait qu'un prétexte lui permettant de se présenter à la France et aux alliés comme ayant obtenu par la voie des négociations quelques garanties pour un meilleur avenir. En cela bien différent du parti qui, à Vérone, autour de M. de Montmorency, voulait une contre-révolution complète. Comment parvenir à se faire suffisamment comprendre à Madrid? 11 se confiait aux efforts que l'Angleterre allait tenter auprès du ministère espagnol. Si aux concessions légères qu'on obtiendrait immédiatement, on voulait bien ajouter quelques bonnes paroles pour l'avenir, il faudrait bien qu'on se tînt pour satisfait. C'est là certainement ce que le duc de Wellington s'était flatté d'obtenir en Espagne. Il comptait beaucoup sur l'action de l'agent diplomatique anglais qui s'y trouvait alors et dont la réputation d'habileté était fort établie. C'était sire William A' Court.
M. de Villèle n'avait pas cru devoir joindre, à sa dépêche officielle à M. de La Garde, des instructions spéciales et détaillées. La lettre confidentielle qu'il lui écrivit ne disait rien sur les changements à introduire dans les formes de la constitution espagnole. Dans une circonstance aussi délicate, laisser le ministre de France sans direction claire et précise, c'était imprudent, c'était le mettre dans une situation d'autant plus difficile que la retraite des ministres (les trois autres cours allait le forcer, ne pouvant rien faire de son chef, à se tenir en quelque sorte à la suite de celui d'Angleterre. M. de Villèle ne crut sans doute pas que l'affaire dût marcher aussi vite qu'elle marcha. Il trouva simple de se reposer du soin de la mener à sa fin, sur le collègue dont il allait faire choix pour remplacer M. de Montmorency. Il ne parait pas que rien fût arrivé jusqu'à lui de ce qui aurait pu l'éclairer sur le changement survenu dans les opinions de M. de Chateaubriand. Sa première pensée se tourna donc naturellement vers lui. Il lui fallait un personnage considérable du parti royaliste pour remplacer