‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 202 sur 275 · POLITIQUE INTÉRIEURE DE M. DE VILLÈLE · texte numérisé non relu

POLITIQUE INTÉRIEURE DE M. DE VILLÈLE

assujettis. Le cours d'histoire moderne, que M. Guizot faisait avec un grand succès à la Faculté des lettres, fut suspendu. L'un des membres du clergé, connu par son fanatisme intolérant, fut introduit dans le conseil royal de l'instruction publique. Presque en même temps, M. de Sacy, homme des plus connus dans l'Europe savante, honoré, aimé de tous pour ses vertus publiques et privées, pour sa piété sincère et élevée, donna sa démission. 11 était suspect de jansénisme ; les procédés blessants et injustes du grand maître lui firent comprendre que le parti de la retraite était le seul digne qu'il pût prendre. Il se consacra à son professorat des langues orientales et à ses autres fonctions académiques. Ces faits prouvent quels étaient les tendances et les préjugés qui inspiraient le nouveau ministère. On comprend la fâcheuse impression qu'ils produisaient sur l'opinion publique et ses profondes méfiances.

Le duc de Clermont-Tonnerre, archevêque de Toulouse, fut nommé cardinal. C'était une faveur accordée à son neveu le ministre de la marine. Malheureusement sa réputation comme homme privé ne justifiait aucunement cette faveur. Dans le temps où nous vivons, on n'admet pas que les dignités ecclésiastiques puissent être accordées uniquement par des considérations de naissance et de fortune.

M. de Yillèle se faisait grand honneur dans la conduite de son ministère des finances. Il montrait chaque jour davantage cette intelligence prompte et lucide, ce soin scrupuleux à ne rien négliger, à veiller à l'expédition des affaires. On admirait avec raison le jugement droit et sûr qui l'ont toujours guidé dans cette foule d'affaires délicates et compliquées dont se compose l'administration des finances. Travailleur infatigable, il a toujours été équitable, sagace, respectueux de la règle, sans dureté comme sans étroitesse. Il se peut que j'aie à critiquer ses actes

politiques; je le ferai avec d'autant plus de liberté de conscience que je n'aurai méconnu aucune des rares qualités qui, dans l'administration et la gestion des finances du pays, recommandent sa mémoire. Les mesures qu'il prit, dans le courant du mois de septembre, sur la comptabilité et pour la justification des dépenses publiques, lui furent sans doute inspirées par un homme d'une grande capacité et du plus honorable caractère, le marquis d'Audiffret, chef de la comptabilité ; mais M. de Yillële eut le bon esprit de comprendre la valeur d'un pareil collaborateur, d'adopter ses sages réformes et de les imposer avec une rare persévérance. Il a toujours exigé de ses fonctionnaires un dévouement entier, absolu, aveugle même, et cela a été une des causes de ses succès. C'est surtout en matière d'élection que les résultats furent, dans les premiers temps, très considérables.

Dès le mois de novembre, on ne recula devant rien pour assurer le triomphe des candidats du gouvernement. Ce fut un système savamment combiné. Il fallait s'assurer d'abord du vote des fonctionnaires publics, puis écarter des listes électorales les électeurs suspects, enfin faire inscrire tous les individus dont on regardait les suffrages comme assurés, en aplanissant toutes les difficultés, en acceptant les justifications môme irrégulières. Sur le premier point, il était dans son droit quand il demandait'à ses salariés le secours de leurs votes ; mais, en cela comme en toutes choses, c'est une question de mesure. M. de Villèle plus que personne s'était plaint de la pression exercée par les ministres, ses prédécesseurs, sur les électeurs que leur position mettait plus ou moins dans la dépendance du gouvernement et n'admettait même pas les recommandations collectives. Aujourd'hui, ce n'était pas par prescription générale que son administration procédait ; les em* ployés étaient mandés par leurs chefs, on leur remettait le nom des candidats qu'ils devaient nommer; ils furent

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