‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 204 sur 275 · DISGRACE DE M. DE VITROLLES · texte numérisé non relu

DISGRACE DE M. DE VITROLLES

hésitation sur la nécessité de satisfaire son ami intime, à quelque prix que ce fût. Un mouvement considérable s'opéra dans les préfectures et fit arriver aux postes les plus importants des hommes dont le seul mérite était la violence de leurs opinions et les excès commis par eux en 1815 et 1816 dans le Midi.

Comment et pourquoi ne trouvons-nous le nom de M. de VitroUes sur aucune liste? Comment n'a-t-il aucune part aux faveurs si largement distribuées? Nul n'avait été plus que lui mêlé à toutes les entreprises du parti royaliste ; il en possédait tous les secrets, en beaucoup d'occasions en avait été Tàme. Il paraissait toujours fort avant dans la confiance et les faveurs de Monsieur, et cependant on ne lui avait même pas rendu son titre et son traitement de ministre d'État, qu'il avait perdus sous le premier ministère Richelieu. M. de Villèle n'aimait pas M. de VitroUes, et il le considérait comme un rival dangereux. Il ne voulait pas lui laisser remettre le pied dans les affaires, avant d'être lui-même assez solidement établi pour n'avoir rien à redouter de la concurrence. Il se servait, pour l'écarter, de la répugnance fort prononcée que le Roi avait pour son ancien agent. Louis XVIII, en effet, ne pouvait ignorer à quel point M. de VitroUes avait contribué aux violences qui l'avaient réduit, lors de l'assassinat du duc de Berry, à la nécessité d'éloigner M. Decazes, ni de quels indignes moyens il s'était servi pour arriver à ce résultat. M. de Villèle fit comprendre à Monsieur que ce n'était pas le cas de heurter le Roi, quand on en obtenait journellement tant de concessions qui devaient lui être pénibles.

M. de VitroUes n'avait pu ignorer d'où lui venaient ces mauvais services, et son inimitié secrète en fut augmentée. Dès ce jour, il chercha à se venger; M. de Villèle a depuis trouvé cette inimitié sur son chemin plus souvent qu'il ne l'a cru peut-être. Elle a, en beaucoup d'occasions, déchaîné

des passions, dirigé des attaques plus ou moins prudentes, qui ont dû TembaiTasser.

Vers le milieu de janvier, on vit paraître une ordonnance qui témoignait encore du zèle qu'apportait le gouvernement à satisfaire les vœux du clergé. La bulle relative aux circonscriptions des diocèses avait été publiée le 31 octobre. Elle autorisait l'érection de trente nouveaux sièges, dont six étaient déjà pourvus; il était entendu que, pour les vingt-quatre autres, le Roi se ménagerait successivement les moyens d'assurer leur dotation, condition nécessaire pour qu'ils fussent occupés. On avait compté, pour parer à cette obligation, sur les fonds provenant de l'extinction des pensions ecclésiastiques; mais cette marche un peu lente ne pouvait convenir à l'esprit qui dominait la nouvelle administration, et M. de Villèle, ne faisant aucun doute qu'il lui fût aisé d'obtenir de la majorité les fonds nécessaires, n'hésita pas à proposer au Roi de nommer sans délai à tous les évéchés de nouveaux évéques. Cette mesure était en elle-même bonne et salutaire; elle faisait cesser dans l'organisation ecclésiastique un état provisoire fâcheux; mais après tant d'autres concessions, celle-ci parut excessive.

La session ne devait s'ouvrir qu'en février. Je puis donc, en attendant cette date, m'occuper des événements survenus à l'extérieur, en Espagne principalement.

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