CHAPITRE XVIII
Réponse de M. San Miguel, ministre des affaires étrangères d'Espagne, à la circulaire des puissances. — Sa réponse particulière à M. de La Garde. — Mission de lord Fitz-Roy Sommerset à Madrid. — M. de Chateaubriand se prononce nettement pour le rappel de notre ambassadeur. — Ses deux dépêches du 48 janvier 4823 à M. de La Garde. — Ce dernier quitte Madrid. — Ouverture de la session 4 discours du Trône. — Demande d'un crédit de cent millions. — Opinion de M. de La Garde sur l'expédition projetée. — Discours du prince de Talleyrand à la Chambre des pairs. — Débat à la Chambre des députés; adoption de l'adresse. — Discussion sur le crédit extraordinaire de cent millions. — Discours du général Foy, de MM. Bignon, de Chateaubriand, Manuel. — La parole est enlevée à ce dernier; la droite réclame son expulsion. — Discussion tumultueuse sur l'exclusion de l'orateur de la gauche. — Elle est votée et exécutée. — Triomphe de la droite. — Situation du ministère.
M. de Villèle, contrairement aux usages, avait fait publier dans le Moniteur du 27 décembre la dépêche qu'il avait adressée le 25 à M. de La Gai*de. Cette pièce diplomatique était rendue publique avant d'être parvenue à sa destination. En agissant ainsi, le président du conseil avait voulu apaiser l'anxiété générale et calmer les inquiétudes du commerce qui, depuis l'arrivée de M. de Montmorency, avaient toujours été en croissant. Rien ne prouve mieux que la dépêche avait été écrite dans une intention pacifique. Le duc de Wellington et M. Canning avaient tout fait, de leur côté, pour obtenir du gouvernement espagnol les concessions raisonnables; mais l'Angleterre n'était plus en situation d'obtenir soit des Cortès, soit du gouvernement, la confiance des années précédentes. Des discussions assez aigres s'étaient engagées à propos d'une demande de quarante millions d'indemnité, pour des navires anglais
capturés par des corsaires espagnols et aussi pour certains avantages commerciaux qu'elle exigeait. La fierté espagnole avait été révoltée par ces exigences; on n'entendait pas, à Madrid, acheter si cher un appui fort douteux. De plus, c'était dans la partie révolutionnaire des Cortès que se trouvaient les partisans un peu zélés de l'Angleterre, et les hommes modérés, ceux auxquels il fallait s'adresser pour faire réussir le plan concerté entre M. de Villèle et le duc de Wellington, étaient précisément ceux qui repoussaient l'influence anglaise. Sir A'Court s'épuisait donc en vains efforts pour faire comprendre la nécessité de se prêter aux concessions demandées. Personne ne l'écoutait. Dans les feuilles publiques, dans les clubs, dans les Cortès même, on déclarait que l'Espagne était invincible, qu'on verrait le peuple se lever tout entier comme en 1808. Ces déclamations avaient enflammé les esprits, et dans les Cortès, M. Bertrand du Lys, l'un des plus exaltés, avait proposé une résolution qui sommait le gouvernement français de déclarer s'il voulait la paix ou la guerre. Celte motion n'avait été rejetée qu'à une majorité de douze voix. Le 9 janvier, le ministre des affaires étrangères (San Miguel) répondit d'une manière tranchante à la circulaire qu'il avait reçue des cabinets de Vienne, de Berlin et de Saint-Pétersbourg. La réponse à la communication de M. de La Garde, quoique raide, ne fermait pas la porte à toute négociation ultérieure. Elle comprenait huit paragraphes en forme de déclaration de principes. Comme le reproche principal de toutes les dépêches portait sur la validité de la constitution dite des Cortès et sur la manière dont elle avait été imposée au roi et au pays, le premier paragraphe rappelait que cette constitution avait été solennellement reconnue par l'empereur de toutes les Russies, en 1812, que la violence seule l'avait renversée en 18U. Le troisième soutenait, contre toute évidence, que le roi constitutionnel de l'Espagne jouissait des droits que lui