‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 207 sur 275 · DÉPÊCHE A M. DE LA GARDE · texte numérisé non relu

DÉPÊCHE A M. DE LA GARDE

phrases fort bien faites sur Tinviolabilité de l'asile dû au malheur et que la France lui avait toujours accordé, et un juste retour sur Tasile que l'Espagne avait, la première, donné à des hommes condamnés par les tribunaux français, « Enfin, de quel droit l'Espagne exigeait-elle la dis- « solution de l'armée d'observation, au moment môme où, « pour la seconde fois, les troupes constitutionnelles « venaient de violer le territoire français? La confusion « régnant en Espagne était évidemment préjudiciable à « quelques-uns des plus grands intérêts de la France; « tandis qu'elle prétendait ne pas vouloir remédier à cet « objet, elle exigeait l'abandon de précautions que sa « propre détermination obligeait de prendre. Il était /brï « désagréable d'avoir à rappeler de semblables contradic- « tions. » J'ai souligné les mots fort désagréable, parce qu'on y reconnaît la main de l'écrivain accoutumé à user sans réserve de tous les mots qui expriment sa pensée, sans souci des formes diplomatiques. A cette lettre officielle de M. de Chateaubriand en avait été jointe une autre, qualifiée de confidentielle, que cependant M. de La Garde avait ordre de communiquer comme la précédente, dont il devait aussi laisser copie. Elle fut aussi communiquée par son ordre à sir A'Court. C'est par TAngleterre que nous en avons eu connaissance.

c Paris, le 48 janvier.

« J'ai l'honneur de vous transmettre, sous la date de ce « jour, par ma dépêche n* 14, les ordres du Roi. Il vous « ordonne de demander vos passeports et de quitter l'Es- « pagne avec toute votre légation; mais il est de mon « devoir de vous donner quelques explications sur les « expressions que M. San Miguel a trouvées amphiboc( logiques dans la note de M. de Yillèle du 25 décembre a dernier. Lesdites expressions ne sont douteuses que

« pour ceux qui ne les entendent pas. Mais afin que les « ennemis de la France ne puissent pas dire que vous avez « quitté Madrid sans que votre gouverneinent connût parie faitement ce qui se passait, je vais m'expliquer.

« Pour rétablir l'ordre en Espagne et rendre la sécurité (I à la France, ainsi qu'aux autres Ëtats du continent, il « existe un moyen aussi simple qu'il est efficace. Tout sera « fini le jour où Ferdinand VII pourra de lui-même, de sa « propre autorité, faire les modifications nécessaires dans « les institutions rectifiées par Sa Majesté Catholique. De « plus, le Roi notre mattre est d'avis qu'il serait conve- « nable de promulguer une amnistie générale, pour tous (f les actes politiques depuis 1812 jusqu'au jour de lapro- (I mulgation. Tout Espagnol doit être tenu de se soumettre « au nouvel ordre de choses, qui, par le simple retour des « ministres étrangers à Madrid, recevra la seule sanction, « la seule garantie dont un pareil acte est susceptible de « la part des autres gouvernements.

« Cet heureux changement conserverait la paix entre la « France et TEspagne, mais il est évident qu'il ne peut € s'opérer tant que vous resterez à Madrid. Depuis le « moment du départ des légations de Prusse, d'Autriche « et de Russie, jusqu'à la réception de cette lettre, il se « sera écoulé quinze jours, pendant lesquels vous n'aurez « pas été écouté.

« Lord Fitz-Roy Sommerset et sir W. A'Court n'auront « pas été plus heureux. Il est donc évident que votre « présence à Madrid comme moyen de conciliation est « tout à fait inutile. Au contraire, votre éloignement est « nécessaire pour la conservation de la paix, puisqu'il peut « seul autoriser le rassemblement sur une frontière de d 100,000 hommes que nous tenons prêts à dessein. Quand « Son Altesse Royale le duc d'Angouléme, qui doit les « commander, se sera avancé sur les bords de la Bidassoa, « le Roi pourra alors se présenter sur la rive opposée, à la

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